Actualités

18 mai 2018

Un journaliste accusé de “haute trahison” et incarcéré en Ukraine

Crédit : Genya Savilov / AFP
Reporters sans frontières (RSF) est préoccupée par l’arrestation du journaliste Kyrylo Vychynski en Ukraine. Le directeur de RIA Novosti Oukraïna a été mis en examen pour “haute trahison” et placé en détention provisoire le 17 mai 2018.

Inculpé pour “haute trahison”, Kyrylo Vychynski a été placé en détention provisoire le 17 mai. Directeur de la filiale ukrainienne de l’agence de presse étatique russe RIA Novosti, il avait été arrêté deux jours plus tôt à Kiev. Les services secrets (SBU) ont perquisitionné son bureau et son domicile, puis le journaliste a été transféré à Kherson (Sud-Est), où le parquet de Crimée en exil mène l’enquête. Il est accusé d’avoir pris part à des activités de “subversion par l’information” contre le pays.


“L’accusation de haute trahison et la détention provisoire sont des mesures extrêmement graves, souligne Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Les autorités doivent expliquer précisément comment les faits incriminés constituent un crime de haute trahison, ou relâcher Kyrylo Vychynski sans délai. Si nul n’ignore la portée destructrice de la propagande ces dernières années en Ukraine, elle ne peut être combattue que dans le strict respect du droit ukrainien et international.”


Selon un communiqué du SBU, Kyrylo Vychynski aurait notamment pris part à des “activités de propagande” en soutien à l’annexion de la Crimée en 2014. Les trois captures d’écran fournies correspondent à des billets d’opinion signés par d’autres contributeurs. Les autorités affirment aussi avoir établi que RIA Novosti Oukraïna, enregistrée comme une entité autonome afin de contourner les sanctions ukrainiennes contre les médias publics russes, était en réalité financée par Moscou. D’après des photos diffusées par le SBU, Kyrylo Vychynski aurait en outre reçu deux médailles russes et la nationalité russe.


Si l’Ukraine n’est pas officiellement en guerre avec la Russie, ce pays est décrit comme un “Etat agresseur” par la législation ukrainienne du fait de l’annexion de la Crimée et de soutien de Moscou aux séparatistes de l’Est. Kyrylo Vychynski a été arrêté à quelques heures de l’inauguration en grande pompe d’un pont reliant la Crimée à la Russie.


Le journaliste ukrainien Vassili Mouravitski, en détention provisoire depuis août 2017, est lui aussi accusé de “haute trahison”. Le correspondant de Radio Free Europe / Radio Liberty Stanislav Asseïev est quant à lui emprisonné depuis juin 2017 par les séparatistes de Donetsk, pour “espionnage” au profit de l’Ukraine. Son collègue Roman Souchtchenko est incarcéré en Russie depuis 2016 sous des accusations similaires.


L’Ukraine occupe la 101e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2018. La Russie pointe à la 148e place.