Asie - Pacifique
Maldives
-
Classement 2022
87/180
Score : 59.55
Indicateur politique
66
62.27
Indicateur économique
111
38.27
Indicateur législatif
85
67.11
Indicateur social
134
55.00
Indicateur sécuritaire
59
75.12
Classement 2021
72/180
Score : 70.87
N/A
Ces indicateurs ne sont pas disponibles avant 2022 en raison d'un changement méthodologique.

L’archipel de l’océan Indien, peuplé de 500.000 Maldiviens, a été tenu pendant près de quatre décennies par un pouvoir autocratique qui ne tolérait pas les principes fondamentaux d’une presse libre. Avec l’ouverture du pays à la démocratie durant les années 2010, un journalisme indépendant et exigeant a vu le jour.

Paysage médiatique

Les Maldives comptent une dizaine d’organes de presse enregistrés, qui publient et diffusent en dhivehi, la langue locale, et en anglais. Malgré la fin de son monopole, le poids de l'audiovisuel d’État reste déterminant, avec Television Maldives (TVM) et la radio Dhivehi Raajjeyge Adu (“La Voix des Maldives”). Le développement de la station Raajje TV, créée en 2010, a permis à l’opposition d’exprimer une voix alternative à la propagande pro-gouvernementale, qui a saturé les ondes durant les 30 ans de règne du président Maumoon Abdul Gayoom (1978-2008). Le quotidien Mihaaru, en dhivehi, domine le secteur de la presse écrite, tandis que le portail en ligne Maldives Independent, publié en anglais, est devenu une référence concernant le journalisme d’investigation.

Contexte politique

L’état du journalisme dans l’archipel est grandement tributaire du contexte politique. Alors que le pays a été tenu d’une main de fer par le président Abdulla Yameen après 2013, son successeur, Ibrahim Mohamed Solih, a été élu en 2018 en ayant pris plusieurs engagements concrets concernant la liberté de la presse. Une première promesse a été tenue : le Parlement a abrogé la loi anti-diffamation de 2016, qui était largement utilisée par le pouvoir précédent pour faire pression sur les organes de presse indépendants. 

Cadre légal

L'article 28 de la Constitution des Maldives proclame la liberté de la presse et que "nul ne peut être contraint de divulguer la source d'une information qu’il établit, qu’il diffuse ou qu’il publie”. Cette garantie constitutionnelle a été sérieusement menacée par un projet de loi sur les preuves (Evidence Bill), présenté devant le Parlement fin 2021, qui aurait permis la violation du secret des sources sur demande d’un tribunal. Quelques mois plus tôt, une commission parlementaire avait déjà demandé la levée du secret des sources concernant un article publié dans Mihaaru News. Face à ces tentatives, le Conseil des médias (MMC) et  l’Association des journalistes des Maldives (MJA) jouent un rôle indispensable de garde-fou.

Contexte économique

Les revenus de la publicité sont distribués sans aucune transparence ni organe de surveillance, ce qui pose de sérieux problèmes quant à l'indépendance des organes de presse. Dans plusieurs cas, des médias ne pouvant se prévaloir d’aucun lectorat sérieux ont reçu d’importantes sommes d’argent de la part d’entreprises d’État. En contrepartie, les directeurs d’édition reçoivent des instructions directes pour supprimer un article qui déplaît ou pour ne pas couvrir un sujet sensible. 

Contexte socioculturel

La république des Maldives, qui reconnaît l’islam comme religion d’État, est soumise à la sariatu, une version locale de la charia qui, traditionnellement, prône tolérance et modération. Les journalistes n’en sont pas moins régulièrement victimes de menaces et d’intimidations de la part d’extrémistes religieux influencés par les préceptes wahhabites. Durant les années 2010, le pouvoir politique a ouvertement exploité cette tendance, légitimant les attaques des milieux religieux fondamentalistes contre toute voix “séculaire”. Dès 2012, le journaliste indépendant Ismail "Hilath" Rasheed a été poignardé à la gorge pour avoir dénoncé les dérives islamistes qui se dessinaient au sein de la société maldivienne. Il a survécu de justesse, mais a choisi l’exil pour survivre. 

Sécurité

En 2014, le journaliste Ahmed Rilwan Abdulla a été enlevé, sans que son corps n’eût jamais été retrouvé. En 2017, c’est le blogueur Yameen Rasheed qui a été sauvagement poignardé à mort. Alors que plane, derrière ces deux drames, l’ombre de milieux liés à Al-Qaïda qui pourraient avoir des ramifications au sein de la police, l’impunité est encore totale aujourd’hui. Et bien qu’une commission d’enquête ait été créée en 2018, ses membres sont, depuis, restés muets sur les éventuels progrès des investigations. Cette justice introuvable empoisonne la situation de la liberté de la presse. En parallèle, la question du harcèlement sexuel qui vise les femmes journalistes émerge timidement.