Asie - Pacifique
Indonésie
-
Classement 2022
117/180
Score : 49,27
Indicateur politique
125
45.91
Indicateur économique
96
41.33
Indicateur législatif
125
55.70
Indicateur social
99
66.00
Indicateur sécuritaire
139
37.42
Classement 2021
113/180
Score : 62,6
N/A
Ces indicateurs ne sont pas disponibles avant 2022 en raison d'un changement méthodologique.

Depuis la transition démocratique amorcée en 1998, des centaines de médias indépendants ont vu le jour, faisant du pays un pionnier en la matière en Asie du Sud-Est. Ils peinent cependant à répondre aux besoins des 275 millions d’Indonésiens, répartis sur 12 000 îles et parlant plus de 800 langues locales. L'immensité et la diversité du pays font du respect de la liberté de la presse un combat quotidien.

Paysage médiatique

Durant le long règne du président Suharto, entre 1966 et 1998, la liberté de la presse était inexistante. Aujourd’hui, on estime à une centaine de milliers le nombre de journalistes dans le pays. Plus de 300 journaux d’information sont publiés, comme le quotidien de référence Kompas, qui tire à plus d’un demi-million d’exemplaires, ou l'hebdomadaire Tempo, qui s’est construit une réputation solide dans le journalisme d’investigation. La télévision est une source d’information majeure, avec de nombreux réseaux privés comme Indosiar, la SCTV ou Metro TV, qui concurrencent, au niveau national, les chaînes publiques de la Televisi Republik Indonesia (TVRI). Compte tenu du grand isolement géographique de certaines populations, la radio joue un rôle déterminant dans la transmission des informations. On compte plus de 3 000 stations qui, en plus du bahasa indonesia, la langue nationale, diffusent des émissions dans une vingtaine d’autres langues.

Contexte politique

Élu en 2014 sur un programme réformateur, le président Joko Widodo, dit “Jokowi”, n'a pas tenu ses promesses en termes de liberté de la presse. Pire, sa réélection, en mai 2019, a révélé au grand jour les concessions auxquelles il est contraint face aux composantes les plus conservatrices de la vie politique : la Tentara Nasional Indonesia (TNI), le nom officiel de l’armée, réprime brutalement les manifestations séparatistes en Papouasie, à l’est du pays, empêchant soigneusement la presse de couvrir les événements. Ce territoire papou, composé de deux provinces, demeure un trou noir de l’information, où les journalistes ne peuvent travailler librement.

Cadre légal

La loi sur la presse promulguée en 1999 a permis de mettre un terme aux vieilles pratiques de censure et de contrôle de l’information de l’ère Suharto. Elle a surtout permis la création du Dewan Pers, un conseil de la presse indépendant du gouvernement qui s’est imposé, au fil des ans, comme une institution à même de régler à l’amiable la plupart des litiges liés aux médias. Les journalistes doivent néanmoins composer avec une loi sur le blasphème qui rend difficile la critique des religions. Surtout, la loi Informasi dan Transaksi Elektronik (ITE) criminalise les suspicions de diffamation (art. 27) ou de discours de haine (art. 28), sans que ces notions soient pour autant clairement définies. Pour cela, les journalistes encourent six ans de prison. En 2020, l’exécutif a également tiré profit de la crise de la Covid-19 pour renforcer son arsenal répressif contre les journalistes, à qui il est désormais interdit de publier des “fausses informations” liées à la crise sanitaire, mais aussi toute “information hostile au président ou au gouvernement”, même si aucun lien avec la pandémie n’est établi.

Contexte économique

Une dizaine de grands groupes, comme Global Mediacomm (MCM), les groupes Jawa Pos (JPG) ou Kompas Gramedia (KGG) se partagent l’essentiel du marché des médias grand public. Déjà volatile, celui-ci a été fragilisé par les conséquences de la crise du coronavirus, qui a conduit au licenciement de nombreux journalistes : 20 à 30 % de la masse salariale pour plus de la moitié des médias. La radio, qui nécessite des investissements plus légers, est le média dans lequel les Indonésiens ont le plus confiance. La presse en ligne, pour sa part, souffre d’une faible capitalisation publicitaire, qui se traduit par un niveau d'exigence journalistique largement perfectible.

Contexte socioculturel

Plus grand pays musulman du monde et berceau de la tolérance religieuse, l’Indonésie subit la pression grandissante de certains mouvements islamiques radicaux. C’est particulièrement vrai dans la province autonome d’Aceh, dans l’ouest de l’archipel, où est imposée une version très stricte de la charia, et où une police des mœurs dicte ce que les journaux peuvent publier ou non. Dans le reste du pays, l’influence de certains oulémas empêche les journalistes d’aborder certains sujets tabous, comme les questions des communautés LGBT, l’apostasie ou le mariage des mineures. 

Sécurité

Les journalistes qui enquêtent sur des cas de corruption locale sont régulièrement la proie de mesures d’intimidation de la part de la police ou des militaires de la TNI, qui peuvent aller de l’arrestation à la violence. Il en résulte un niveau élevé d’autocensure. De même, il est de plus en plus dangereux de couvrir certaines questions environnementales lorsqu’elles portent atteinte à de grands intérêts privés soutenus par les administrations locales.