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12 mars 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Sri Lanka


Violences, menaces et propagande à l’encontre des journalistes et défenseurs des médias, jugés trop critiques, se sont succédées en 2011. Sur la toile, "censure" et "désinformation" sont les maîtres mots. La censure des sites Internet, notamment ceux basés à l’étranger, s’est même fortement intensifiée depuis 2011. Le gouvernement a ordonné le blocage de sites critiques à son égard et tenté de justifier ses actes par la loi.
Les médias sommés de s’enregistrer auprès des autorités, un pas de plus vers la surveillance ? Le 5 novembre, le ministère des Médias a ordonné aux sites d’information de s’enregistrer, un pas de plus vers une plus grande restriction des médias (lire le chapitre Sri Lanka du rapport 2011 sur les Ennemis d'Internet). Kusal Perera, directeur du Center for Social Democracy, considère cette mesure comme inutile : “des dispositions sont déjà prévues dans la loi pour empêcher les publications obscènes et contraires à l’éthique”. Début 2012, environ 70 sites avaient fait leur demande d’enregistrement. Seules 27 ont été acceptées. Ceux qui n’ont pas cherché à s’enregistrer invoquent la nécessité de ne pas divulguer des informations sensibles à un gouvernement auquel il ne fait pas confiance. Cette annonce officielle a constitué un prélude au renforcement de la mainmise du gouvernement sur les médias. Le blocage de sites en réponse aux critiques du gouvernement En effet, le lendemain, le 6 novembre 2011, quatre sites d’information indépendants majeurs, critiques envers le gouvernement, SriLankaMirror, SriLankaGuardian, Paparacigossip9, et LankaWayNews, ont été bloqués sur ordre du ministère de l’Information, de manière totalement arbitraire, pour insultes envers des leaders politiques. Le gouvernement est impliqué dans de nombreuses affaires de corruption et tente de les étouffer en renforçant son contrôle sur les médias. SriLankaMirror a été rendu à nouveau accessible après avoir saisi la cour suprême. Le nombre de sites censurés au Sri Lanka n’a cessé d’augmenter ces derniers mois. Plusieurs, dont Sri Lanka Guardian, et TamilNet, sont bloqués de façon permanente. Groundviews et son site partenaire Vikalpa ont été temporairement bloqués en juin 2011, de même que le site de Transparency International. Lanka-e-news, bouc émissaire des autorités ? Lanka-e-News avait été bloqué dès la fin du mois d’octobre 2011 par Sri Lanka Telecom (SLT), détenu par l’Etat, et le fournisseur d’accès à Internet privé Dialog Axiata PLC, sans qu’aucune explication ne soit fournie à la direction du site (lire l’interview de Sandaruwan Senadheera, rédacteur en chef de Lanka-e-News). Ce blocage a été confirmé par une décision de la justice sri lankaise rendue le 8 novembre 2011. Lanka-e-news avait été le seul site à publier des informations, le 15 octobre, au sujet d’une fusillade impliquant des membres du Parlement proches du ministre de la Défense Gothabaya Rajapaksa, frère du président Mahinda Rajapaksa. La pression sur Lanka-e-News n’a pas faibli depuis l’incendie de ses locaux en janvier 2011. Des menaces ont été postées sur la porte des nouveaux locaux le jour de l’arrestation de son rédacteur, Bennet Rupesinghe, le 7 avril, relâché sous caution. Par ailleurs, le caricaturiste et journaliste politique de Lanka-e-News, Prageeth Eknaligoda, est toujours porté disparu depuis le 24 janvier 2010 (Voir la campagne de soutien). Cyberattaques dévastatrices Le 25 février 2012, le site d’information TamilNet a été victime d’attaques de déni de service (Distributed Denial-of-Service Attack, DDoS). La rédaction lutte pour maintenir le site en ligne (voir le communiqué sur TamilNet). En 2011, Lanka News Web et Lanka-e-news ont également dû faire face à ce genre de situation. La communauté internationale doit intensifier ses pressions A l’occasion de la 19ème session du Conseil des droits de l’homme fin février 2012, à Genève, Reporters sans frontières a appelé l’ensemble de ses membres à adopter une résolution condamnant les violations de la liberté de l’information par le gouvernement sri lankais, et à exiger la fin des violences et menaces à l’encontre des médias et des défenseurs des droits de l’homme au Sri Lanka.