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18 août 2016

Soudan: les services de renseignement en guerre contre la liberté de l’information

Crédit : radiotamazuj.org
Au Soudan, il ne se passe pas une semaine sans que des copies de journaux soient confisquées, des médias suspendus, des journalistes interpellés. Reporters sans frontières (RSF) condamne cet acharnement des autorités soudanaises, et particulièrement des services de renseignement, qui a des conséquences graves et durables sur la capacité des médias à exercer leur travail.

“Tu ferais mieux de partir, il n’y a pas de place pour la presse dans ce pays” : tels ont été les mots du policier qui a battu Hawa Rahma, journaliste du quotidien indépendant Al-Jareeda, alors qu’elle couvrait la démolition à Khartoum du district El-Takamol, propriété d’une compagnie d’irrigation égyptienne, le 10 août 2016. Interpellée par une policière puis embarquée par des agents, elle a été interrogée par plusieurs policiers et frappée au niveau de la nuque. Cet énième incident illustre de façon dramatique la détermination des autorités à écraser les médias soudanais.


“En mai dernier, Reporters sans frontières dénonçait déjà les violations répétées de la liberté de la presse par les autorités soudanaises, mais la situation s’est encore gravement détériorée depuis, déclare RSF. Les services de renseignement font régner l’arbitraire le plus total, étouffent toute liberté d’information, et menacent directement la survie économique des médias.”


Si la saisie des copies de journaux est la principale marque de fabrique des services de renseignement soudanais (NISS) – RSF en dénombre déjà 27 depuis le début de l’année –, la censure a atteint, le 15 août 2016, une ampleur renouvelée. Les journaux El Mijhar El Siyasi, El Ahram El Youm et El Sayha ont vu leurs éditions saisies par les services de renseignement pour leur couverture des négociations de paix sur le Darfour qui ont actuellement lieu à Addis Abeba (Ethiopie). Le même jour, quatre journaux (Elaph, Al-Mustaquilla, Al-Watan et Awal Al-Nahar) se sont vu notifier publiquement leur suspension par le Conseil national de la presse et de l'édition, bras droit du NISS sur la question des médias, invoquant la loi sur la presse de 2009, dont RSF avait à l’époque dénoncé le caractère liberticide.


Le 10 août déjà, le NISS avait confisqué 15.000 exemplaires du journal Al-Youm Al-Tali pour avoir publié un article critique envers le National Congress Party, le parti au pouvoir. Quinze jours plus tôt, c’était le journal Al-Saiha qui, d’après son directeur Al-Nour Ahmed Al-Nour accusait une perte de 30.000 livres (4.400 euros), suite à la confiscation par le NISS, à deux reprises, de près de 13.000 exemplaires du quotidien, pendant la première semaine d’août. Une perte financière similaire pour Akhir Lahza, dont 14.500 copies ont été saisies les 27-28 juillet, apparemment en raison d’un article comparant la tentative de coup d’Etat en Turquie à l’arrivée au pouvoir d’Omar El Beshir en 1989. Les éditions du journal Al-Taghyeer, qui avait repris l’information, ont connu le même sort. Cette dernière saisie a été un coup fatal pour ce quotidien d’opposition, qui a annoncé fin juillet la suspension pour une durée indéfinie de ses publications et le licenciement d’une partie de ses employés.


Les journalistes sont constamment convoqués par le NISS ou le Conseil national de la presse et de l'édition. Même l’information sportive leur vaut des déboires. Le 26 juillet, suite à une émission sur les relations entre la fédération soudanaise de football et la FIFA, Hasan Farouk, journaliste de la radio Hala 96 et du journal Al Ra’i al Aam, s’est vu accusé de mobilisation de l’opinion publique contre l’Etat pour avoir critiqué les politiques sportives du gouvernement. Un mois plus tôt, c’est le journal sportif Al-Asyad qui était suspendu indéfiniment par le NISS: le journal avait apporté son soutien à une équipe locale de football, pour se moquer du gouverneur de l’Etat de Khartoum, dont Al-Asyad avait dénoncé les pratiques corrompues, et qui soutenait financièrement l’équipe adverse.


Le Soudan occupe l’une des dernières places (174e sur 180) dans le Classement 2016 de la liberté de la presse établi par RSF.


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