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19 mai 2016

Les autorités soudanaises doivent mettre un terme à la censure systématique

Manifestation de journalistes à Khartoum mars 2016 ASHRAF SHAZLYAF/AFP
Reporters sans frontières (RSF) condamne vigoureusement l’acharnement des autorités soudanaises à l’encontre du journal Al Jareeda, saisi à cinq reprises en l’espace d’une semaine. Alors qu’un comité formé par le ministère de la Justice doit débattre d’une nouvelle loi sur la presse, les autorités se livrent à une censure sans complexe.

Les agents des services de renseignements (NISS) ont confisqué les éditions du quotidien Al Jareeda les 9, 10, 12 et 13 mai derniers avant que la rédaction décide de ne plus publier le journal pendant deux jours, en signe de protestation. Selon certains observateurs, et en guise de sanction, le NISS a opéré une saisie dès la reparution du journal le 16 mai. La perte financière accusée par Al Jareeda est estimée à 90 000 livres soudanaises, l’équivalent de 6600 US dollars.


Le NISS n’a pas jugé utile de donner le moindre motif susceptible d’expliquer ces saisies à répétition. Al Jareeda avait publié des articles relatifs aux manifestations étudiantes qui ont enflammé le pays récemment et en marge desquelles deux étudiants avaient trouvé la mort sous les coups des services de renseignements.


En deux mois, le NISS a déjà procédé à douze saisies injustifiées, et une quinzaine de journalistes ont été renvoyés de leurs journaux. Les renseignements s’en prennent en premier lieu aux journaux critiques à l’égard du gouvernement, évoquant les poursuites internationales à l’encontre du président Omar el-Béchir, ou couvrant les mouvements de protestations populaires. Fin avril, le NISS avait tout simplement interdit aux médias de traiter tout événement lié aux manifestations, à l’opposition et à la défense des droits de l’Homme.


“La multiplication de mesures liberticides à l’encontre de la presse témoigne du malaise grandissant qui règne dans le pays, estime Reporters sans frontières. Nous demandons aux autorités soudanaises de mettre un terme aux confiscations abusives de journaux et de cesser de harceler les journalistes qui jouent un rôle essentiel pour informer les citoyens.”


C’est dans ce contexte de censure accrue que le ministère de la Justice a formé un comité chargé de débattre d’une proposition de loi sur la presse. Alors que le NISS est repésenté au sein du comité, les autorités n’ont toujours pas partagé le texte avec les premiers intéressés, les journalistes.


Le Soudan est classé 174ème sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2016.