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18 avril 2016 - Mis à jour le 3 mai 2016

Les médias soudanais écrasés par la censure

Journalistes protestant contre la fermeture du journal Al-Tayar, mars 2016 - ASHRAF SHAZLY / AFP
Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de la multiplication des saisies de journaux par les services de renseignement soudanais (le NISS). L’organisation demande aux autorités de mettre immédiatement un terme à ce mode de censure inadmissible.

Le 17 avril 2016, les services de renseignement soudanais ont confisqué les numéros du quotidien Al-Saiha sans autre forme de procès, ni la moindre explication. Quelques jours auparavant, le NISS avait demandé à rencontrer le comité de rédaction du journal pour discuter de sa ligne éditoriale mais la réunion n’avait finalement pas eu lieu. C’est la cinquième saisie relevée en moins d’un mois.


Les 12 et 13 avril derniers, le NISS avait confisqué les numéros du journal Al-Taghyeer deux jours consécutifs, après avoir convoqué sa rédactrice-en-chef, Sumai Sayed. Cette dernière avait alors été interrogée sur la parution d’un article traitant de la Cour pénale internationale (CPI) qui poursuit le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le 27 mars, les numéros des journaux Al-Ayam et Al-Mustaqilla avaient également été saisis. Al-Ayam avait publié une série d’articles pointant l’échec des négociations de paix entre le gouvernement, l’opposition, et trois mouvements rebelles qui s’étaient rencontrés en mars à Addis-Abeba.


“Le NISS affectionne particulièrement ce mode de censure qui permet à la fois d’empêcher la circulation d’éditions imprimées et de priver les journaux de leur recette du jour, déclare Reporters sans frontières. Nous demandons aux autorités soudanaises de mettre un terme à ces pratiques scandaleuses et de cesser de harceler les médias.”


Outre ces saisies, le NISS est adepte des convocations et interpellations arbitraires de journalistes qui subissent à cette occasion des interrogatoires longs et pénibles. Le 25 mars, ses agents ont empêché le journaliste Faisal Mohamed Saleh de se rendre à Londres et lui ont confisqué son passeport, l’informant qu’il faisait partie d’une liste de personnes interdites de déplacements à l’étranger. Les autorités de l’Etat du Darfour du Nord ont par ailleurs réincarcéré, le 10 avril dernier, le journaliste Ibrahim Bagal Siraj, pourtant libéré une semaine auparavant après 55 jours de détention.


Le Soudan est classé 174ème sur 180 pays au Classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF en 2015.