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2 juin 2020 - Mis à jour le 4 juin 2020

Plus de trois décennies après Tian’anmen, la Chine reste l’ennemi numéro un de la liberté de la presse

PHOTO: NICOLAS ASFOURI / AFP
Alors que le monde commémore le 31e anniversaire du massacre de Tian’anmen, Reporters sans frontières (RSF) appelle les démocraties à s’unir pour défendre la liberté de la presse, un droit fondamental revendiqué par les manifestants et auquel Pékin s’attaque désormais au niveau mondial.

La liberté de la presse, officiellement garantie par l’article 35 de la Constitution chinoise, fut l’une des grandes revendications des manifestations de la place Tian’anmen, écrasées dans le sang par le régime chinois le 4 juin 1989 avec un bilan de plusieurs milliers de morts. Trente et un ans plus tard, l’appareil d'État et le Parti communiste chinois continuent de bafouer quotidiennement ce droit fondamental et tentent désormais d’étendre au reste du monde leurs pratiques liberticides, comme le montre un rapport publié l’an dernier par RSF.


« Il y a 31 ans, des milliers de manifestants pacifiques ont été massacrés pour avoir réclamé l’exercice des libertés fondamentales, dont la liberté de la presse, rappelle Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF). « Si le modèle autoritaire chinois ne rencontre pas plus de résistance, non seulement les manifestants de Tian’anmen seront morts en vain, mais le journalisme indépendant cédera peu à peu le terrain à la propagande de style chinois, au détriment de la démocratie. »


En Chine, l’épidémie de coronavirus a donné au régime le prétexte pour mettre un tour de vis supplémentaire sur la presse et les réseaux sociaux : six journalistes sont détenus et près de 900 internautes ont été punis pour avoir partagé des informations censurées liées au virus. Ces mesures sont venues durcir un système déjà extrêmement autoritaire qui fait des médias les relais de la propagande du parti et censure l’internet à l’aide d’un système de filtrage ultra-sophistiqué connu sous le nom de « grande muraille numérique ».


Dans la région administrative spéciale de Hong Kong, la mainmise de Pékin sur les médias et les violences policières contre les journalistes ont entraîné une détérioration sans précédent de la liberté de la presse, qui s’est traduit par un recul de la 18e place en 2002 à la 80e place cette année, dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. A Hong Kong comme à Macao, une autre région administrative en principe autonome, les autorités ont annulé des événements de commémoration de Tian’anmen, sous prétexte de mesures sanitaires. 


Dans un rapport d’enquête intitulé « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine » publié l’an dernier, RSF dévoilait la stratégie déployée par Pékin pour contrôler l’information hors de ses frontières : modernisation de son outil audiovisuel extérieur, achat massif de publicités, infiltration des médias étrangers… mais aussi chantage, intimidation et harcèlement à une échelle quasi-industrielle.


La Chine est la plus grande prison pour les journalistes avec plus de 113 d’entre eux sous les verrous et stagne au 177e rang sur 180 pays au classement RSF.