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23 novembre 2017 - Mis à jour le 24 novembre 2017

Pakistan : RSF dénonce le silence imposé depuis un mois aux journalistes du Baloutchistan

Un journaliste évacue le corps de son caméraman décédé après l'explosion d'une bombe dans la capitale baloutche Quetta, en août 2016 (Banaras Khan / APF).
Un mois après la fin de l’ultimatum imposé par plusieurs groupes armés aux médias du Baloutchistan, Reporters sans frontières (RSF) appelle les rebelles séparatistes et les représentants des agences de renseignement pakistanaises à laisser les journalistes à l’écart du conflit.

Cela fait un mois que plus aucun journal n’est distribué dans près de la moitié des districts de la province pakistanaise du Baloutchistan. Des grenades ont été posées, des façades mitraillées… Quelques 23 clubs de la presse sont fermés par crainte de représailles. Journalistes, collaborateurs de presse, vendeurs de journaux… Tous sont devenus les potentielles victimes des violences perpétrées par plusieurs groupes rebelles du Baloutchistan.


“La situation pourrait paraître ubuesque si elle n’était pas caractérisée par une telle violence, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. La liberté d’information est un pilier fondamental pour l’amorce d’un dialogue et la résolution des conflits. La suspension des journaux, tout comme les tentatives d’intimidations des agences de renseignements, ne peuvent qu’envenimer la situation. RSF appelle chaque partie à laisser les journalistes faire leur travail, essentiel pour l’intérêt public de la province.”


Depuis le début de l’année, des agents des renseignements pakistanais ont approchés plusieurs journalistes baloutches pour leur ordonner de cesser toute publication de propos des groupes séparatistes. En représailles, deux de ces groupes rebelles avaient lancé le 24 octobre dernier un ultimatum, menaçant les journaux locaux de représailles s'ils ne recommençaient pas à médiatiser leur lutte. RSF et son partenaire au Pakistan ont lancé un fonds de sécurité pour venir en aide aux journalistes en situation de danger imminent.


Comme dans le reste du Pakistan, où l’armée fonctionne comme un Etat dans l’Etat, la couverture des questions de sécurité par les médias est une ligne rouge à ne pas franchir, sous peine d’être arrêté, molesté ou assassiné. Mais la situation est encore plus tendue dans la province instable du Baloutchistan, où près de quarante journalistes ont été tués ces dix dernières années. Les menaces de mort émanant des groupes rebelles comme des agences de renseignement y sont légions.


Les groupes armés baloutches ont fait leur entrée en 2013 sur la liste des prédateurs de la liberté de la presse établie par RSF. Les agences de renseignements du Pakistan figurent pour leur part dans la liste noire des prédateurs de 2016.


Le Pakistan est classé 139ème sur 180 pays dans l’édition 2017 du Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF.