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28 octobre 2016 - Mis à jour le 2 novembre 2016

RSF publie sa liste noire des prédateurs de la liberté de la presse

À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’impunité des crimes commis contre les journalistes, Reporters sans frontières (RSF) publie, ce 2 novembre, une sombre galerie de portraits : ceux de 35 chefs d’Etat, hommes politiques, chefs religieux, milices et organisations criminelles qui censurent, emprisonnent, torturent ou assassinent les journalistes. Ces prédateurs sévissent pour la plupart depuis des années, voire des décennies.

Pour dénoncer l’impunité de leurs crimes, RSF établit pour chacun de ces prédateurs, une fiche décrivant leurs techniques d’attaque privilégiées, leurs bras armés, leurs cibles favorites, leur discours officiel – entre menaces et déni – et leur tableau de chasse, lui bien réel. Les fiches rappellent aussi pour chacun d’entre eux le score piteux de leur pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.

Leurs techniques sont variées. Certains torturent et assassinent via leurs bras armés, certains pratiquent plutôt les arrestations massives et emprisonnements arbitraires, quand d’autres usent de moyens plus détournés – à coup de lois antiterroristes, de crimes de lèse-majesté ou d’asphyxie financière. La liste n'est pas exhaustive et les prédateurs retenus sont ceux qui se sont le plus illustrés en 2015-2016.

« Ces prédateurs sont ceux qui piétinent le plus la liberté de la presse et commettent les pires atrocités à l’encontre des journalistes, sans être inquiétés, dénonce Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Afin de briser ce cycle infernal de l’impunité, il est nécessaire de nommer un représentant spécial auprès des Nations unies pour mieux protéger les journalistes. »
35
prédateurs piétinent la liberté de la presse et
commettent le plus d'atrocités à l'encontre des journalistes

Un prédateur chasse l’autre

La plupart des prédateurs restent des chefs d’Etat ou de gouvernement, de Singapour à la Thaïlande et Cuba en passant par l’Erythrée, le Burundi, la République démocratique du Congo ou le Soudan du Sud… Parmi les nouveaux entrants, le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui contrôle désormais les principaux groupes de presse du pays. L’état d’urgence instauré en juillet 2016 dans la foulée du coup d’Etat manqué lui a donné l’occasion d’arrêter plus de 200 journalistes et de fermer plus de 100 journaux, magazines, télévisions et radios.

Autre amateur des coups de filet massifs et détentions arbitraires, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, élu en 2014 après le coup d’Etat militaire du 3 juillet 2013. Le régime pourchasse toute personne liée de près ou de loin aux Frères musulmans. Dans la même veine, le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-O-Cha, chef de la junte, muselle, depuis l’instauration de la loi martiale en mai 2014, journalistes, médias, blogueurs, mais aussi artistes, intellectuels, universitaires, membres de l’opposition politique... Au Burundi, Pierre Nkurunziza a engagé en 2015 une vive campagne de répression contre les médias, à commencer par ceux qui ont couvert la tentative de putsch d’opposants qui contestaient son souhait de se faire réélire, en violation de la Constitution.


La répression est multiforme :

harcèlement judiciaire, emprisonnements arbitraires, interdictions de diffusion ou de publication, tabassages, tortures, disparitions. En Arabie saoudite, le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud a succédé à son frère Abdullah, et porte tout l’héritage d’une dynastie hostile depuis toujours à la liberté de la presse. Au Venezuela, le président Nicolás Maduro a des astuces bien à lui pour mettre à terre les médias : rachats par ses amis (à l’instar du journal El Universal et de la chaîne Globovision) suivis de vagues de licenciements et de démissions, assèchement de la presse par des pénuries de papier savamment organisées, ou encore une loi qui criminalise tout contenu pouvant « remettre en question l’autorité légitime constituée ».

La galerie des prédateurs


Au rayon des extrémistes religieux, le groupe Etat islamique ne recule devant rien pour semer la terreur, assassinant et kidnappant les journalistes qui ne prêtent pas allégeance. Figure également sur la liste Ansarullah Bangla Team, le mouvement extrémiste islamiste du Bangladesh qui publie sur Facebook des noms de « blasphémateurs » – blogueurs laïques et penseurs libres – et appelle à leur assassinat. En Afghanistan et au Pakistan, les Talibans n’ont en rien renoncé à leur barbarie meurtrière. Les zones qu’ils contrôlent sont des trous noirs de l’information où le travail journalistique est impossible. Enfin, comment ne pas mentionner les Houthis, le mouvement politique chiite du Yémen qui a pris le contrôle de la capitale Sanaa et de la majeure partie du pays en 2014 ? La milice s’est emparée de chaînes de télévision (Al-Jazeera, Al-Yamane-Chabab, Yémen-Digital Média) ; on ne compte plus les cas d’enlèvements et de disparitions de journalistes et de nombreux témoignages font état de tortures dans les prisons.

Au Mexique, le cartel sanguinaire Los Zetas a vu plusieurs de ses chefs arrêtés, mais poursuit sa campagne de terreur à coup d’assassinats, enlèvements, séquestrations et actes barbares.

Quelques prédateurs ont disparu depuis 2013, soit parce qu’ils ne sont plus au pouvoir, tels Mahinda Rajapaksa au Sri Lanka, qu’ils sont morts, comme Islam Karimov et le mollah Mohammad Omar, ou qu’ils font moins parler d’eux, à l’instar des groupes rebelles et paramilitaires de Colombie : l’accord de paix signé en septembre avec le gouvernement, quoique rejeté par référendum, laisse espérer des jours plus tranquilles aux journalistes dans le pays.


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