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29 janvier 2018 - Mis à jour le 30 janvier 2018

Le blocage du principal site d’information au Bélarus, un test pour l’UE

Le site d’information le plus visité du Bélarus, Charter97, est bloqué depuis le 24 janvier 2018. Alors que le Commissaire européen Johannes Hahn est en déplacement à Minsk, Reporters sans frontières (RSF) souligne que ce nouvel acte de censure contredit directement le discours d’ouverture du régime bélarusse auprès de l’Union européenne.

Malgré ses promesses de dégel, le gouvernement bélarusse redouble d’ardeur dans sa chasse aux dernières voix critiques. Un mois après le blocage du site Belarousski Partyzan, le site d’information le plus lu du pays, Charter97, est à son tour devenu inaccessible le 24 janvier. Le ministère de l’Information a reconnu le lendemain qu’il avait ordonné son blocage.


D’après le communiqué du ministère, Charter97 aurait publié des informations “pouvant nuire aux intérêts nationaux du Bélarus”, évoqué des manifestations non-autorisées et relayé des contenus “extrémistes”. Mais les autorités n’expliquent pas quels contenus sont considérés comme illégaux et pourquoi.


“Avec Charter97, c’est l’une des principales voix indépendantes du pays que cherche à faire taire le régime d’Alexandre Loukachenko, déclare Johann Bihr, le responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale au RSF. L’Union européenne doit clairement signifier à Minsk que le déblocage de ce site et le respect de la liberté de la presse sont des conditions non négociables au rapprochement avec Bruxelles.”


Créé en 1998 par le célèbre journaliste Oleg Bebenine, Charter97 porte le nom d’une déclaration fondatrice pour l’opposition démocratique et les mouvements de défense des droits de l’homme. Proche de l’opposition, le média a été persécuté tout au long de son existence. Il a subi plusieurs blocages allant de quelques jours à plusieurs mois. Face à l’intensification de la répression, la rédaction du site a été contrainte à l’exil en Pologne depuis 2011.


“Le blocage du site indépendant le plus visité au Bélarus est un nouveau coup porté à la liberté d’expression, a déclaré à RSF la rédactrice en chef du média, Natallia Radzina. Depuis 20 ans, les autorités ont usé de tous les moyens de pression pour lutter contre nous, des blocages aux arrestations en passant par l’assassinat de journalistes.”


Le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique de voisinage, Johannes Hahn, est attendu à Minsk le 30 janvier. Confronté à des difficultés économiques et soucieux de desserrer l’étreinte russe, le régime d’Alexandre Loukachenko cherche depuis quelques années à se rapprocher de l’Union européenne. Bruxelles s’est contentée de la libération des principaux prisonniers politiques, en 2015, pour lever les sanctions ciblées prises à l’encontre de responsables du régime quatre ans plus tôt.


Pourtant, malgré une relative accalmie en 2016, les autorités n’ont pas desserré leur emprise sur les médias. Au contraire : l’année 2017 a été marquée par plus d’une centaine d’interpellations et une soixantaine de condamnations de journalistes à des amendes. Le contrôle s’est fait encore plus tatillon depuis la nomination d’Ales Karlioukevitch comme ministre de l’Information, fin septembre 2017. Le Bélarus se situe à la 153e position sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017, publié par RSF.