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7 juillet 2017 - Mis à jour le 23 août 2019

Birmanie : RSF demande la libération des journalistes détenus et l’amendement de la loi sur les télécommunications

On June 30, 2017, protesters in Yangon hold a banner with pictures of four Burmese journalists who are detained. photo : Myo Min Soe / The Irrawaddy
Préoccupée par la recrudescence des atteintes à la liberté de la presse en Birmanie, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités birmanes la libération inconditionnelle des trois journalistes arrêtés le 26 juin dernier dans le nord du pays. L’organisation exhorte également le gouvernement à supprimer l’article 66(d) de la loi de 2013 sur les télécommunications.

Accusés d’avoir rencontré un groupe armé rebelle et d’avoir ainsi violé la loi sur les associations illégales, Aye Nai et Pyae Phone Naing, de l’agence de presse Democratic Voice of Burma et Thein Zaw, reporter pour The Irrawaddy, comparaîtront devant la Cour en début de semaine prochaine. Les trois hommes avaient été arrêtés lundi 26 juin après s’être rendus à un événement organisé par l’Armée nationale ta’ang de libération (TNLA) pour célébrer la Journée mondiale contre le narcotrafic de l’ONU. Ils risquent jusqu’à trois ans de prison.


Il est très préoccupant que la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, continue d’ignorer les appels grandissants des citoyens et de la communauté internationale, déclare Reporters sans frontières. Le pays ne saurait prétendre réellement s’engager dans une ère démocratique sans protéger la presse et défendre la liberté d’expression sur son territoire. Nous demandons au gouvernement la libération immédiate des trois journalistes et l’abandon des charges qui ont injustement été retenues contre eux.”


A la suite de cette arrestation, des centaines de défenseurs de la liberté de la presse et des membres de la société civile ont réclamé la libération des journalistes au cours d’un important rassemblement à Rangoun, vendredi 30 juin. Alertés par la détérioration du respect des libertés en Birmanie, l’Union européenne et les Etats-Unis se sont eux-mêmes prononcés, demandant respectivement au gouvernement birman de protéger les journalistes contre “les intimidations, les arrestations ou les poursuites” et soulignant que “les journalistes doivent être en mesure de mener à bien leur travail, une presse libre étant nécessaire à la réussite de la Birmanie.



Une législation toujours instrumentalisée par les autorités


En Birmanie, la presse demeure régulièrement réprimée par les autorités locales, souvent au moyen de lois utilisées spécifiquement pour faire taire les critiques. L’utilisation du texte sur les associations illégales, qui a été invoqué afin de justifier l’arrestation d’Aye Nai, Pyae Phone Naing et Thein Zaw, se révèle d’autant plus inquiétante qu’il représentait un mécanisme employé par la junte militaire au pouvoir il y a plusieurs années pour censurer les journalistes. Pourtant, nombreux étaient ceux chez qui l’avènement au pouvoir de la LND en 2015 avait suscité de grands espoirs.


Bien qu’une transition démocratique ait théoriquement été entamée depuis quelques années, les efforts de la part du gouvernement en faveur de la protection des journalistes locaux apparaissent toujours timides, voire inexistants. Pire qu’une stagnation, c’est une recrudescence d’exactions envers la presse locale qui est constatée. Au cours des dernières semaines, les cas d’intimidations, de poursuites en justice ou d’emprisonnement de journalistes ont été quasi hebdomadaires.


Malgré la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) aux élections législatives en 2015, certains évoquent un climat semblable à celui instauré par le gouvernement militaire dans le passé, qui imposait une censure systématique. A cette époque, seuls les journalistes birmans exilés ont été en mesure de fonder des organes de presse indépendants, comme le site d’information The Irrawaddy, créé en Thaïlande ou l’agence de presse Democratic Voice of Burma, basée à Oslo.


Outre la loi sur les associations illégales, l’article 66(d) de la loi sur les télécommunications constitue également une arme de choix pour les autorités actuellement au pouvoir, en particulier l’armée, contre quiconque ose critiquer les institutions gouvernementales. L’année passée, plusieurs journalistes ont été poursuivis pour diffamation en vertu de ce texte de loi, comme ce fut le cas de Myo Yan Naung Thein, reconnu coupable de diffamation en avril 2017. Kyaw Min Swe, rédacteur en chef pour le journal The Voice Daily, est quant à lui actuellement incarcéré, accusé de faits similaires après la publication d’un article satirique.


Au total, plus de 65 cas de poursuites en vertu de l’article 66(d) de la loi sur les télécommunications ont été recensés. Parmi eux figurent 14 journalistes ayant dû ou devant encore comparaître devant la justice.


Dans une déclaration conjointe, 61 organisations de défense des droits humains, dont RSF, exhortent le gouvernement birman à supprimer l’article 66(d) de la loi sur les télécommunications. RSF demande également aux autorités, de manière globale, d’engager rapidement les moyens nécessaires à la protection des journalistes et d’assurer un environnement favorable à l’exercice de leurs fonctions.



La Birmanie occupe le bas du Classement mondial pour la liberté de la presse 2017 établi par RSF, à la 131ème place sur 180 pays.