Un tribunal de Crimée condamne un journaliste russo-ukrainien à six ans de prison

Soupçonné d'espionnage par la Russie, le journaliste Vladislav Yesipenko qui couvrait la péninsule de Crimée a été condamné à six ans de prison au terme d'une affaire judiciaire inique. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une parodie de justice à son encontre et demande sa libération immédiate.

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A l'issue d'un procès à huis-clos dans un palais de justice sous haute protection policière, le tribunal municipal de Simferopol, la deuxième plus grande ville de Crimée, a condamné le journaliste indépendant russo-ukrainien Vladislav Yesipenko, correspondant pour Krym.realii, l'antenne locale de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) dans la péninsule criméenne, à une peine de six ans de prison assortie d'une amende de 110 000 roubles, soit plus de 1 200 euros. La veille, le procureur avait requis 11 ans de prison à son encontre.

 

Condamné pour “possession et transport d'explosifs” sur la base du droit russe, en vigueur dans le territoire ukrainien depuis son annexion par la Russie en 2014, le journaliste avait été arrêté le 10 mars 2021 pour avoir “recueilli des informations” pour les services spéciaux ukrainiens (SBU) et avoir détenu un “engin explosif improvisé” dans sa voiture. Il a déclaré avoir été torturé pendant deux jours avant d’être emmené en détention provisoire, où il a été maintenu depuis cette date. Le jugement sera contesté en appel, a indiqué l’épouse du journaliste, Yekaterina Yesipenko.

 

“Torture, confession forcée et, désormais, condamnation dans le cadre d'une affaire montée de toute pièce… La justice russe ne recule devant rien pour maintenir son emprise sur l'information dans la péninsule criméenne et empêcher les journalistes de faire leur travail librement, dénonce la responsable du bureau Europe de l'Est-Asie Centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Nous demandons la libération immédiate de Vladislav Yesipenko et exigeons que sa demande d'appel soit entendue rapidement par la justice russe. Sa détention arbitraire n'a que trop duré.”

 

Cette affaire revêt une forte connotation politique aux yeux des autorités russes. C’est sous des menaces de mort que Vladislav Yesipenko a été contraint de “reconnaître être un espion au service des Ukrainiens”, comme RSF l'avait dénoncé en mars 2021. Le déni de justice à l'égard du journaliste par les magistrats est particulièrement flagrant. Une analyse des empreintes digitales sur la grenade qui aurait été trouvée dans sa voiture n'a révélé aucune correspondance avec celles du journaliste, qui a toujours nié ces accusations. Vladislav Yesipenko a également dû attendre près d’un mois après son arrestation pour avoir accès à des avocats indépendants. En raison des mauvais traitements qu'il a subis, son état de santé a empiré tout au long de sa détention. Après une hospitalisation à la mi-août, la justice a décidé, contre l'avis des médecins, de le renvoyer au centre de détention malgré l'insalubrité des cellules et le manque de médicaments disponibles.

 

Depuis l'annexion de la péninsule par la Russie, le travail des journalistes en Crimée s'est particulièrement dégradé et le territoire risque de devenir un "trou noir" de l'information. 

 

La Russie et l’Ukraine occupent respectivement la 150e et la 97e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021. 

Publié le 17.02.2022
Mise à jour le 17.02.2022