Russie: le journaliste Alexandre Sokolov comparaît après quinze mois de préventive

A l’heure de l’ouverture du procès d’Alexandre Sokolov, le 9 novembre 2016, Reporters sans frontières (RSF) renouvelle son appel à libérer le journaliste placé en détention préventive depuis juillet 2015 sur des accusations injustifiées.

L’audience préliminaire d’Alexandre Sokolov va finalement se tenir, ce mercredi 9 novembre, après plus de 15 mois d’instruction durant lesquels le journaliste de l’agence de presse RBC a été maintenu derrière les barreaux. Alexandre Sokolov avait porté plainte auprès du parquet de Moscou, à la suite de la dernière prolongation de sa détention préventive fin juillet 2016 ; une détention supérieure à 12 mois, totalement disproportionnée au regard des charges pesant sur lui. Sa détention a été reconduite une nouvelle fois le 18 octobre, reportant sa libération au 11 novembre, après l’audience.


La mise en accusation d’Alexandre Sokolov a elle-même connu plusieurs revirements. Arrêté avec deux autres personnes pour leurs activités au sein d’une association en sommeil depuis deux ans, supposée être le prolongement d’un groupe interdit en 2010 pour extrémisme, Alexandre Sokolov a tout d’abord été accusé de diffusion de « contenu extrémiste » et de tentative de « déstabilisation du pouvoir ». Ce dernier chef d’inculpation a finalement disparu du dossier faute d’éléments pour l’étayer. Le parquet a par la suite relevé de nouvelles lacunes dans l’instruction et forcé les enquêteurs à revenir une nouvelle fois sur leurs accusations. Le chef d’inculpation a depuis été requalifié en « organisation de groupe terroriste », passible de huit ans d’emprisonnement.


« Nous renouvelons notre appel à libérer Alexandre Sokolov afin qu’il comparaisse libre au tribunal, déclare Virginies Dangles, rédactrice en chef de Reporters sans frontières. La faiblesse des accusations et les activités du journaliste nous poussent à croire que son arrestation est motivée par son travail bien plus que par un soi-disant danger qu’il présenterait pour la société. Nous espérons désormais que sa détention ne soit plus prolongée le 11 novembre, qu’il puisse bénéficier d’un procès équitable.»


Lors de son arrestation, Alexandre Sokolov travaillait pour le groupe de presse RBC, récemment repris en main par les autorités. Docteur en économie, il avait consacré sa thèse aux conséquences sur l’investissement du détournement de fonds publics par les grandes entreprises russes. Sa dernière enquête, très documentée, traitait de malversations de près de 93 milliards de roubles (1,27 milliard d’euros) dans le cadre de la construction du cosmodrome Vostochny, des révélations qui semblent être corroborées par la Cour des comptes qui a elle-même ouvert une enquête.


Au moment de la publication de son travail, Alexandre Sokolov a été arrêté, avec deux autres personnes, pour son aide dans la mise en ligne du site “Pour un pouvoir responsable” (IGPR “ZOV”), qui demande la tenue d’un référendum populaire pour modifier la Constitution et rendre les hauts fonctionnaires pénalement responsables de leurs actes politiques. Le centre de défense des droits de l'homme russe Memorial a qualifié le journaliste et ses camarades de "prisonniers politiques".


La Russie occupe la 148e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF.

Publié le 09.11.2016
Mise à jour le 09.11.2016