Ethiopie : en détention arbitraire depuis 4 mois, deux journalistes devant le tribunal

(RSF) demande aux autorités éthiopiennes de libérer sans délai les journalistes détenus et de mettre fin aux accusations graves et infondées dont ils font régulièrement l’objet dans le seul but de les dissuader de couvrir la guerre civile qui a éclaté il y a un an et demi.

Le journaliste accrédité pour l’agence de presse américaine Associated Press (AP), Amir Aman Kiyaro, et son confrère le reporter indépendant Thomas Engida, doivent comparaître ce mardi 29 mars devant le tribunal d’Addis-Abeba. Arrêtés dans la capitale éthiopienne le 28 novembre dernier, les deux journalistes sont détenus depuis quatre mois sans qu’aucune charge officielle n’ait été pour l’heure retenue contre eux. La police les accuse d’avoir fait “la promotion du terrorisme” pour avoir réalisé une interview d’un groupe lui même qualifié de terroriste par les autorités. A l’issue de l’audience, ils doivent être formellement inculpés ou libérés selon AP. Les deux reporters risquent jusqu’à 15 ans de prison.

 

 

“Depuis le début de la guerre civile, plusieurs dizaines de journalistes ont été jetés en prison de manière complètement arbitraire pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant d’être libérés faute de preuves pour étayer les graves accusations dont ils font l’objet, déplore le responsable du bureau Afrique de RSF Arnaud Froger. Nous demandons aux autorités de mettre fin à ces arrestations qui ne visent qu’à empêcher les journalistes de faire leur travail et de remettre en libertés les reporters encore détenus.”

 

 

Selon les informations de RSF, au moins un autre journaliste est arbitrairement détenu en Ethiopie. Il s’agit du responsable de Terrara media Tamirat Negera, arrêté le 10 décembre 2021. Sa maison a été fouillée et ses équipements saisis. Son lieu de détention reste inconnu.

 

 

La guerre civile qui a éclaté fin 2020 entre les troupes fédérales éthiopiennes et les rebelles de la région du Tigré a fait plusieurs centaines de milliers de déplacés et un nombre de morts important mais très difficile à chiffrer. Elle s’est également traduite par un serrage de vis pour les médias, inédit depuis l’accession au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018.

 

 

Certains comme Addis Standard ont été suspendus, d’autres ont dû réduire leur couverture du conflit voire s’arrêter comme Awlo Media Center qui a annoncé en octobre dernier cesser ses activités face aux menaces et à la répression. Le correspondant du New-York Times, Simon Marks, a été expulsé sans explication officielle quelques semaines après le retrait de son accréditation pour “manque d’impartialité” et “diffusion de fausses nouvelles”. 

 

 

Après avoir progressé durant trois ans, l’Éthiopie a reculé de deux places dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021, passant de la 99e à la 101e place sur 180 pays.

 

Publié le 29.03.2022
Mise à jour le 29.03.2022