Crimée : RSF exige la libération du journaliste Remzi Bekirov, condamné à 19 ans de prison

Alors que les journalistes du monde entier risquent leurs vies pour couvrir l’invasion de l’Ukraine, un tribunal militaire russe a condamné, le 10 mars, le journaliste Remzi Bekirov à 19 ans de prison pour “terrorisme”. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une condamnation fondée sur des accusations mensongères et exige sa libération immédiate.

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Les autorités russes continuent leur répression contre la liberté de la presse. Le 10 mars, le journaliste Remzi Bekirov a été condamné à 19 ans de prison pour “organisation d’un groupe terroriste” par le tribunal militaire russe de Rostov-sur-le-Don. Correspondant pour le site d’information et média d’opposition Grani.ru en Crimée, annexée par la Russie en 2014, Remzi Bekirov est en détention depuis mars 2019. Il est accusé d’être membre de l’organisation Hizb ut-Tahrir, légale en Ukraine, mais considérée comme “terroriste” et interdite en Russie. Avant d’être arrêté, il travaillait notamment sur les persécutions des autorités russes envers la population tatare de Crimée et les activistes pro-ukrainiens dans la région.

 

“Pendant que les journalistes ukrainiens, russes et étrangers risquent leur vie pour couvrir la guerre en Ukraine, Moscou poursuit son travail de sape du journalisme indépendant en Crimée. La lourde condamnation de Remzi Bekirov, fondée sur des accusations mensongères et qui vient s’ajouter à celle de Vladislav Yesipenko il y a quelques semaines, sonne comme un avertissement à peine voilé du Kremlin à destination des journalistes de la région, s’inquiète la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Nous condamnons formellement cette décision et exigeons sa libération immédiate”.

 

En février, le journaliste indépendant russo-ukrainien Vladislav Yesipenko a été condamné par le tribunal municipal de Simferopol à une peine de six ans de prison assortie d'une amende de 110 000 roubles, soit plus de 1 200 euros, pour “possession et transport d’explosifs”. Arrêté le 10 mars 2021, le correspondant en Crimée de Krym.realii, l'antenne locale de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) a été victime de torture en prison.

 

Depuis l'annexion de la péninsule par la Russie en 2014, le travail des journalistes s'y est fortement dégradé. Par ailleurs, ces derniers jours, Moscou a accentué sa répression contre les reporters indépendants. Le 4 mars, en pleine invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine a signé une loi qui punit de 15 ans de prison les auteurs de “fausses informations” sur l’armée russe. Selon les chiffres RSF, au moins six autres journalistes sont actuellement en prison en raison de leur travail dans le pays : Alexander Valov (2018), Abdoulmoumine Gadjiev (2019), Rachid Maïsigov (2019), Ivan Safronov (2020), Ian Katelevski (2020), Aleksander Dorogov (2020). En 2020, le journaliste Aleksandr Tolmachev est mort en détention par manque de soins.

 

La Russie occupe la 150e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 12.03.2022
Mise à jour le 12.03.2022