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25 août 2020

Tadjikistan : un journaliste perd son accréditation pour un reportage sur le président de la République

Anushervon Aripov (Capture d'écran Nastoyachee Vremia)
Un reportage suggérant que le président tadjik avait commencé prématurément sa campagne électorale a coûté son accréditation à un journaliste. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une tentative de censure et demande aux autorités de garantir la liberté de la presse à l’approche du scrutin présidentiel.

L'accréditation d’Anushervon Aripov, journaliste tadjik correspondant pour la chaîne de télévision russophone Nastoyachee Vremia, issue de la collaboration entre Radio Free Europe/Radio Liberty et Voice of America, arrivait à expiration 1er août et n’a pas été renouvelée par le ministère des Affaires étrangères tadjik, qui avait exprimé son mécontentement à la suite d’un reportage diffusé à l’antenne le 3 août.


Anushervon Aripov y dénonçait le début de campagne électorale prématuré du président Emomali Rahmon. Alors que la date de l’élection présidentielle n’était pas encore arrêtée, celui-ci avait déjà commencé à sillonner le pays et multiplier les déplacements, bénéficiant ainsi d’une couverture médiatique importante. Le reportage du journaliste dresse un portrait peu flatteur du dirigeant, filmé lors d’une visite chez une famille vivant dans le district de Rudaki, dans l’ouest du Tadjikistan. Assis à la tête d’une table dressée spécialement pour lui, il apparaît en train de manger alors que ses hôtes portent des masques et se tiennent immobiles, la main droite sur le cœur en signe de respect. 


Le refus d’accréditation est un outil de censure classique contre les médias étrangers, dénonce la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Mais cette mesure est contraire aux dispositions du paragraphe 21de l'actuel règlement d'accréditation tadjik. RSF condamne ces méthodes et demande que soit respectée la liberté d’informer des correspondants travaillant au Tadjikistan.” 


Ce n’est pas la première fois que le ministère tadjik des Affaires étrangères entrave le travail de journalistes des médias étrangers. Celui-ci distribue les accréditations avec parcimonie et retarde actuellement celles de huit journalistes de Radio Ozodi, le service tadjik de Radio Free Europe/Radio Liberty. D’autres journalistes du même média n’ont été accrédités que pour quelques mois seulement, ce qui est contraire à la législation tadjike. Par ailleurs, en 2016, des journalistes de Radio Ozodi avaient vu leur accréditation révoquée après la publication d'un article sur la nomination de la fille du président Rahmon au ministère des Affaires étrangères.


Le 6 août, le Parlement tadjike a fixé la date des élections présidentielles au 11 octobre 2020. Emomali Rahmon, au pouvoir depuis 1992, n’a pour l’instant pas officiellement annoncé sa candidature. Un amendement apporté à la Constitution en 2016 permet cependant au président sortant de se présenter au scrutin un nombre illimité de fois. 


Le Tadjikistan occupe la 161e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.