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15 mars 2017

Suspension arbitraire de deux chaînes de télévision angolaises

Isabel Dos Santos, propriétaire de ZAP ©Affaires
Reporters sans frontières (RSF) dénonce la suspension de deux chaînes portugaises du bouquet satellite angolais ZAP et s’alarme du climat général de répression de la liberté d'information dans le pays, cinq mois avant les élections générales.

Mardi 14 mars, les deux chaînes portugaises SIC Noticias et SIC International ont été exclues du bouquet satellite angolais de la ZAP, plus grand opérateur de télévision par satellite du pays et propriété d’Isabel dos Santos, fille du président angolais. Selon la direction de la chaîne, il s’agit d’un simple remaniement de la grille des programmes.


Cette décision intervient justement après la diffusion en mars d’une enquête sur un scandale financier datant de 2014 et impliquant le président de la République José Eduardo dos Santos.


En novembre de l’année passée, la télévision portugaise avait déjà fortement déplu au régime en diffusant le reportage “Angola, un pays riche de 20 millions de pauvres”, mettant en cause le bilan du président dos Santos, au pouvoir depuis 37 ans. Le président a depuis déclaré ne pas vouloir se représenter à la présidentielle prévue en août 2017 et a désigné son dauphin, le général Joâo Manuel Gonçalves Lourenço, ancien ministre de la Défense.


“Comment ne pas voir derrière la décision unilatérale de ZAP de suspendre ces deux chaînes la main du pouvoir angolais, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. A quelques mois de la présidentielle, le gouvernement doit favoriser le pluralisme médiatique en laissant les médias angolais travailler librement”.


Les médias à portée nationale, publics ou privés, sont totalement contrôlés par la famille ou les proches du président dos Santos. A part quelques faibles médias d’opposition, les seuls espace d’information libre sont sur internet, à travers quelques sites et les réseaux sociaux. Mais ces derniers sont également sous pression.



En décembre 2016, le journaliste Rafael Marques qui gère le site anti-corruption Maka Angola a été convoqué au ministère de l’Intérieur après avoir publié une enquête mettant en cause le procureur de la République, João Maria de Sousa, dans des transactions foncières illégales. Un autre journaliste, Mariano Bras, ayant reproduit l'article dans son hebdomadaire O Crime a aussi été convoqué. Poursuivis pour “injures”, ils risquent jusqu’à six mois de prison.


Marques avait en 2015 finalement tourné la page de plusieurs années de procédures judiciaires par l’armée angolaise, en Angola et au Portugal pour son livre “Diamantes de Sangue, Corrupção e Tortura em Angola” dénonçant l’implication de l’armée dans le trafic de diamants. Il faisait face à 24 chefs d’accusation et risquait jusqu’à 14 années de prison. Son livre, censuré, a été mis en ligne par l’éditeur et est téléchargeable sur le site de RSF.


Ces suspensions et poursuites s’inscrivent dans un contexte d’étouffement des libertés publiques, peu rassurant. Une série de cinq lois concernant la “communication sociale” a été passée en novembre 2016, livrant tout pouvoir de contrôle sur les médias à un Conseil de régulation aux mains du parti au pouvoir.


En mars 2016, 17 jeunes gens ont été arrêtés et emprisonnés plusieurs mois pour s’être simplement réunis pour lire et commenter un livre sur l’action non violente.


L’Angola occupe la 123ème place sur 180 pays dans le Classement 2016 de la liberté de la presse établi par RSF.