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28 mai 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Condamnation de Rafael Marques : RSF dénonce le revirement de la justice angolaise


Le journaliste angolais Rafael Marques de Morais vient d'être condamné à six mois de prison avec sursis alors que les charges retenues contre lui venaient d'être abandonnées une semaine plus tôt. Dans un retournement de situation scandaleux, le journaliste Rafael Marques de Morais vient d'être condamné à six mois de prison avec sursis pour "crime de dénonciation calomnieuse", ce jeudi 28 mai 2015, alors qu'il venait d'être déchargé de la vingtaine de chefs d'accusation pesant contre lui il y a une semaine à peine, le 21 mai dernier. Cette peine est assortie d'une mesure probatoire de deux ans durant lesquels toute infraction commise par le journaliste entraînera l’application de la peine d’emprisonnement. Le juge lui a également demandé de retirer son livre de la vente, y compris sur Internet, et de ne pas le rééditer ni de le traduire à nouveau, sous peine d'être incarcéré. Les avocats du journaliste ont déclaré qu'ils feraient appel du jugement. Le procureur s'est saisi d'une phrase, prononcée par le journaliste dans le cadre de la déclaration devant la cour permettant l’abandon des charges retenues contre lui, dans laquelle il déclarait ne pas avoir directement interrogé les généraux auxquels les entreprises incriminées appartenaient, et qu’il aurait inclus leurs réponses s’il les avait interrogés. L’accusation a sorti cette phrase de son contexte pour lui faire dire que le journaliste reconnaissait sa culpabilité. Elle avait alors requis un mois d'emprisonnement avec sursis. “Ce verdict, qui intervient alors que les plaignants concernés par l'affaire avaient accepté de retirer leur plainte, est absolument inique, déclare Cléa Kahn-Sriber responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Cette instrumentalisation des propos du journalistes montre bien la volonté des autorités angolaises de briser Rafael Marques de Morais, et de le réduire au silence définitivement. Plus largement, c'est une menace envoyée à tous les journalistes angolais pour les dissuader de couvrir toute question liée aux malversations des hommes forts du pouvoir. Nous demandons le retrait pur et simple de ce jugement qui est une honte pour le principe même d'une justice équitable." Reporters sans frontière s'est joint à 50 organisations de défenses des droits de l'homme pour dénoncer dans une lettre ouverte adressée au président angolais Dos Santos, la dégradation de la situation de la liberté d'expression en Angola. L'Angola occupe la 123e place sur 180 pays dans l’édition 2015 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. ______________________________________________________________ Reporters sans frontières (RSF) se félicite de l’abandon des charges contre le journaliste d’investigation angolais Rafael Marques de Morais. Poursuivi pour “dénonciation calomnieuse”, il était jugé depuis mars 2015 et risquait jusqu’à 14 ans de prison. A l’issue de l’audience du 21 mai 2015, le tribunal de la province de Luanda, dans le nord-ouest de l’Angola, a abandonné les 24 charges retenues contre le journaliste d’investigation et activiste Rafael Marques de Morais. Jugé depuis mars 2015 pour “dénonciation calomnieuse”, il était poursuivi par sept généraux angolais et des compagnies privées, et risquait jusqu’à 14 ans de prison pour avoir exposé de graves violations des droits de l’homme ainsi que des actes de corruption liés à l’exploitation diamantifère dans la région des Lundas. Dans son ouvrage "Les diamants de sang : corruption et torture en Angola" publié en 2011 au Portugal, Marques de Morais accusait les généraux d’avoir cautionné des “crimes contre l’humanité”. Il avait recensé 500 cas de torture et 100 assassinats de villageois par des militaires et des compagnies privées travaillant dans les mines de diamants. En contrepartie de l’abandon des charges, le journaliste s’est engagé à ne pas rééditer ce livre qui demeure disponible dans sa version électronique. Cet engagement est un “acte volontaire pour faciliter le dialogue et de prochains échanges”, a déclaré Rafael Marques, qui entend bien continuer à enquêter sur la situation des droits de l’homme dans la région des Lundas. “Nous sommes très heureux et soulagés d’apprendre l’abandon des charges contre Rafael Marques de Morais, déclare Virginie Dangles, adjointe à la direction des programmes de RSF. Nous espèrons que la fin de ce procès marque l’abandon du harcèlement judiciaire que le journaliste subit depuis plusieurs années. Rafael Marques est un journaliste d’investigation qui n’a fait qu’exercer son métier, et qui au terme de ses enquêtes, a révélé au monde entier des informations capitales sur des crimes odieux liés à l’exploitation diamantifère. Ce combat qui se couronne par une victoire est porteur d’optimisme ; c’est une victoire pour la liberté de l’information en Angola”. Initialement déposée au Portugal, la plainte des sept généraux avait été classée en février 2013. Ces derniers avaient contre-attaqué en portant plainte en Angola. Rafael Marques de Morais était initialement poursuivi pour neuf charges de diffamation mais lors de sa comparution le 24 mars 2015, 15 nouvelles charges avaient été retenues contre lui. Une importante pression internationale a entouré cette affaire. A la veille de l’audience du 24 mars, RSF s’était joint à neuf organisations de défense des droits de l’homme pour demander l’abandon des charges de diffamation qui pesaient contre le journaliste. En décembre 2014 cette fois, RSF et 16 autres organisations avaient adressé un appel aux rapporteurs spéciaux de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, ainsi qu’à ceux des Nations unies pour la liberté d’expression et pour la situation des défenseurs des droits de l’homme. Elles leur avaient demandé de requérir que le gouvernement angolais mette un terme aux poursuites contre Rafael Marques de Morais. Journaliste renommé, lauréat de plusieurs distinctions pour l’excellence de son travail, Rafael Marques de Morais a de nombreuses fois été dans le viseur des autorités de son pays. Depuis la fin des années 1990, il a été soumis à une série de persécutions - détention arbitraires, procès à rallonge et interdictions de quitter le territoire, autant de pressions pour faire taire l’une des dernières plumes libres de ce riche pays africain. En Angola, la diffamation reste un délit que les autorités ont souvent exploité afin de museler les journalistes qui révèlent les pratiques de corruption dans le secteur public ou privé. Le pays occupe la 123e place sur 180 pays dans l’édition 2015 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.