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14 juin 2017 - Mis à jour le 23 août 2019

Soutien de RSF au correspondant de France 24 au Pakistan qui refuse de céder à la pression des militaires

photo : Rizwan Tabassum / AFP
Reporters sans frontières (RSF) dénonce les pressions gouvernementales subies par le journaliste pakistanais Taha Siddiqui et apporte son plein soutien au journaliste qui a décidé de ne pas céder au harcèlement et aux menaces dont il est victime.

Depuis le 18 mai, le correspondant de France 24 - Babel Press au Pakistan, Taha Siddiqui, a reçu plusieurs appels téléphoniques menaçants de l’Agence fédérale d’investigation, la FIA, une agence de renseignement dépendante du ministère de l’Intérieur. Pressé de se présenter, mais sans raison officielle, devant la section antiterroriste de la FIA pour un interrogatoire, Taha Siddiqui a décidé de porter plainte auprès de la Haute Cour d’Islamabad. Alors que le tribunal a recommandé à la FIA de cesser de harceler le journaliste, deux jours plus tard, des agents se sont présentés à son domicile avec une convocation formelle.


Le journaliste, co-lauréat du prix Albert Londres en 2014, un prix prestigieux habituellement réservé aux journalistes francophones, reconnaît sa “réticence” à se rendre au Département antiterroriste, car d’après lui “une personne se présentant devant le quartier général de la FIA pour un interrogatoire devient portée disparue ou se retrouve détenue illégalement”.


Correspondant pour différents médias occidentaux, dont France 24, le New York Times, Der Spiegel, Le Guardian et responsable éditorial du site d’information en ligne World Is One News, Taha Siddiqui travaille notamment sur des sujets liés au terrorisme, aux minorités persécutées ou encore à la corruption.


“Les autorités pakistanaises veulent faire taire les voix dissidentes, surtout lorsqu’elles s’avèrent critiques envers les militaires. Mais l’armée étant largement impliquée dans les affaires politiques, sécuritaires et économiques du pays, il est impossible de faire des reportages sans parler d’eux. Et puisque je me refuse à l’autocensure et ne cherche pas à adopter une attitude diplomatique comme le font mes collègues pakistanais, je me retrouve dans le viseur des autorités.” a expliqué Taha Siddiqui à RSF.


Le journaliste a également précisé à l’organisation avoir porté le cas devant la Cour pour se “battre contre cette répression de la liberté d’expression” et lance un appel à ses “collègues journalistes et mêmes aux citoyens de continuer à faire entendre leurs voix pour faire avancer la démocratie. L’armée fait partie de nos institutions et notre devoir est de signaler tout acte répréhensible (...). C’est comme cela que fonctionnent les démocraties dans le monde.”


RSF salue non seulement le courage de Taha Siddiqui et lui exprime son soutien, mais appelle également les autorités pakistanaises à mettre un terme à toute forme d’intimidation envers le journaliste et à cesser de se rendre complice des attaques portées à la liberté d’expression, la FIA s’étant aussi récemment appliquée à traquer et lister les comptes jugés trop critiques envers l’armée sur les réseaux sociaux.


Au Pakistan, la répression à l’encontre de ceux qui osent porter atteinte à l’image de l’armée ou des agences de renseignement est courante et les journalistes sont fréquemment la cible de menaces ou d’agressions. L’affaire de Taha Siddiqui n’est pas sans rappeler le cas du journaliste Hamid Mir, blessé par balles le 19 avril 2014, peu après avoir confié à RSF qu’il suspectait une conspiration contre lui de la part des services de renseignements (Inter Service Intelligence, ISI).


Le Pakistan est classé 139ème sur 180 pays dans l’édition 2017 du Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF.