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3 septembre 2020 - Mis à jour le 4 septembre 2020

Slovaquie : l’acquittement de l'homme accusé d'avoir commandité l'assassinat de Ján Kuciak constitue un immense échec des autorités judiciaires

Marian Kočner (Vladimír Šimíček / AFP).
Marian Kočner et Alena Zsuzsová, accusés respectivement d’avoir commandité et fait exécuter le meurtre d’un journaliste d’Aktuality.sk, ont été acquittés par le Tribunal pénal spécial. Alors que Reporters sans frontières (RSF) attendait de la Slovaquie qu’elle se montre exemplaire en termes de poursuites et de condamnation des crimes commis contre les journalistes, l'impunité semble l'avoir emporté.

Le Tribunal pénal spécial de Slovaquie a rendu son verdict, et le commanditaire du meurtre du journaliste Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová reste inconnu. Le 3 septembre, le tribunal a acquitté Marian Kočner, accusé d’avoir commandité l’assassinat du journaliste d’investigation d’Aktuality.sk, et Alena Zsuzsová, son associée, accusée d’avoir fait exécuter cet ordre.


La troisième personne jugée, Tomáš Szabó, a été condamnée à 25 ans de prison pour complicité de meurtre.


"Ce verdict est choquant. L’acquittement du commanditaire présumé et de son intermédiaire révèle l’immense échec des autorités chargées de l’enquête et de la justice, déclare Pavol Szalai, responsable du bureau UE/Balkans à RSF. Nous attendions de la Slovaquie qu’elle se montre exemplaire en termes de poursuites et de condamnation des crimes commis contre les journalistes. Au lieu de cela, nous sommes mis face à une situation d’impunité."


Bien que le tribunal ait reconnu que le meurtre de Ján Kuciak était lié à son activité professionnelle, il a statué "qu’absolument aucune preuve directe de la culpabilité de Marian Kočner n’a été présentée" au cours du procès. Tous les éléments rassemblés contre l’homme d’affaires par le procureur spécial et par la police étaient des preuves qui ne mettaient pas Marian Kočner en cause directement. Il sera d'autant plus difficile de trouver de nouvelles preuves, l’équipe spéciale de police chargée de l’enquête ayant été dissoute avant le début du procès, une décision que RSF a jugée prématurée.


Le procureur, qui avait requis une peine de 25 ans d’emprisonnement pour chacun des trois accusés, a déjà fait appel auprès de la Cour suprême slovaque.


Le verdict du 3 septembre est le troisième prononcé dans cette affaire. Miroslav Marček, qui a avoué avoir tiré sur le couple – aidé par son cousin Tomáš Szabó –, a été jugé coupable en avril dernier. Sa peine de 23 ans de prison n’est pas encore entrée en vigueur, le procureur ayant fait appel pour un emprisonnement de 25 ans. Zoltán Andruskó, qui a collaboré avec la police depuis son arrestation, a plaidé coupable et a été condamné, en décembre 2019, à 15 ans de prison pour avoir transmis l’ordre à Miroslav Marček et Tomáš Szabó.


Alena Zsuzsová et Marian Kočner restent néanmoins en prison. En février dernier, ce prédateur de la liberté de la presse avait été condamné à 19 ans de prison pour avoir fabriqué des billets à ordre frauduleux dans l’intention d’extorquer 69 millions d’euros à la plus importante chaîne commerciale du pays, TV Markíza. Ayant fait appel, il est aujourd’hui en attente d’un nouveau procès.


La Slovaquie occupe le 33e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.