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7 novembre 2019

Slovaquie : inquiétudes de RSF à l’aube du procès des meurtriers du journaliste Jan Kuciak

Marian Kocner le 28 juin 2018, AFP
Reporters sans frontières (RSF) se félicite que l’homme d'affaires Marian Kocner ait été inculpé pour l’assassinat du journaliste d'investigation Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová, mais s’inquiète de voir l’équipe de police chargée de l’enquête subitement dissoute, avant même que ne s’ouvre le procès des meurtriers du journaliste.

Vingt mois après le meurtre du journaliste d'investigation Jan Kuciak en Slovaquie, les autorités slovaques viennent d’ inculper quatre personnes dont un puissant et sulfureux homme d'affaires slovaque, Marian Kocner, sur lequel le journaliste avait enquêté.  Quatre accusés, tous passibles d’une peine de 25 ans de prison et un cinquième, Zoltán Andruskó qui a avoué sa participation au meurtre et qui dans le cadre d’un accord passé avec le procureur, bénéficiera d’un statut spécial de témoin au procès qui doit s’ouvrir en début d’année prochaine.

L’acte d'accusation qui a fuité dans plusieurs médias dont aktuality.sk, le site auquel collaborait Jan Kuciak, indique que le businessman aurait ordonné la surveillance du journaliste et de plusieurs de ses collègues avant d’organiser son assassinat. Il révèle également la présence d’enregistrements de cette filature au domicile de Marian Kocner.  

À l'aide des données fournies par les opérateurs de télécommunications, la police a procédé à une reconstruction minutieuse des faits qui se sont déroulés le lendemain du meurtre établissant les allers et venues des accusés au coffre-fort ou la présence de traces d’ADN des suspects sur des billets de banque ayant servi à la transaction.

Mais les révélations ne s’arrêtent pas là. L’acte d’accusation semble indiquer que les enquêteurs ont aussi trouvé des informations relatives à d'autres crimes, impliquant des responsables politiques, des juges, des procureurs et des policiers, tous liés de près ou de loin à Marian Kocner. 

Dans ce contexte, RSF s’interroge sur les raisons qui ont conduit les autorités judiciaires à dissoudre l’unité d'enquêteurs en charge du meurtre dès la fin de l’instruction et alors que le procès n’a pas encore commencé, une procédure certes normale après la mise en accusation des suspects mais qui interroge au moment où les enquêteurs suspectent d’autres infractions qui pourraient ébranler la classe politique.

“Reporters sans frontières (RSF) se félicite des progrès accomplis dans l’enquête sur le meurtre de Jan Kuciak qui ont conduit à l’inculpation du commanditaire et de ses complices mais appelle les autorités à la plus grande transparence dans la poursuite de la procédure judiciaire, déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone Union européenne et Balkans de RSF. 

Lutter efficacement contre l’impunité, c’est faire en sorte que les systèmes judiciaires condamnent ceux qui perpètrent des crimes contre les journalistes et luttent dans leur ensemble contre la corruption qui les menace.” 

Alors que le meurtre de Jan Kuciak en février 2018 et son enquête publiée à titre posthume ont  eu un retentissement mondial et provoqué des manifestations monstres dans toute la Slovaquie jusqu’à pousser le précédent Premier ministre Robert Fico et le chef de la police Tibor Gaspar vers la sortie, la dissolution prématurée de l’unité d’enquêteurs sème le doute auprès de l’opinion publique.

RSF attend également de la police slovaque qu’elle poursuive l’enquête sur la surveillance illégale organisée par l’industriel Marian Kočner de 29 journalistes slovaques dont les données personnelles ont été extraites des bases de données de la police. Les autorités slovaques doivent par ailleurs veiller à ce que de telles fuites ne puissent plus jamais se reproduire. 

La Slovaquie occupe aujourd'hui le 35e rang au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 de RSF, après avoir perdu 18 places en deux ans.