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29 avril 2019

Sites d’information bloqués au Tadjikistan : la censure ne profite à personne

Crédit : Sekitar / Flickr
Cela fait cinq mois que le site d’information de référence Asia-Plus est inaccessible au Tadjikistan. D’autres ressources en ligne sont frappées par une censure chronique. Reporters sans frontières (RSF) et l’Association nationale des médias indépendants du Tadjikistan (NANSMIT) appellent les autorités à mettre fin à ces blocages.

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Le site d’information indépendant Asia-Plus est victime d’une censure intermittente depuis des années, mais rarement le blocage n’avait duré aussi longtemps : il est inaccessible au Tadjikistan depuis le 29 novembre 2018. Les demandes d’explication de la rédaction se heurtent à un mur : comme à leur habitude, les autorités compétentes nient toute censure et renvoient à de prétendus “problèmes techniques”.

“L’agence gouvernementale pour les télécommunications continue de bloquer des sites d’information de manière illégale et arbitraire, dénonce le président de NANSMIT, Nouriddine Karchiboïev. Nous appelons le gouvernement à respecter les droits constitutionnels des citoyens tadjiks et ses obligations internationales en matière de liberté de l’information. Toute décision irréfléchie ne fait qu’accroître les frustrations de la société.”

Asia-Plus avait été bloqué à plusieurs reprises en 2018, pour des périodes allant de quelques jours à deux mois. D’après son rédacteur en chef, Oumed Babakhanov, le blocage actuel pourrait être lié au refus d’Asia-Plus de publier des articles préparés par l’administration. “Si c’est le cas, le Tadjikistan est dans doute le seul pays au monde où les sites indépendants sont bloqués non pas pour ce qu’ils publient, mais pour ce qu’ils ne publient pas”, ironisait-il dans une récente tribune.

Des sites d’information de référence comme Ferghana ou Akhbor sont chroniquement inaccessibles au Tadjikistan, d’autres plus sporadiquement. Les autorités n’hésitent pas à bloquer ponctuellement les principaux réseaux sociaux et services de messagerie instantanée, voire les services de Google et YouTube. Elles se sont arrogées le monopole de l’accès national au réseau Internet en 2018, ce qui leur permet de couper l’accès à n’importe quelle ressource sans passer par les fournisseurs d’accès.

“La censure d’Internet est l’un des facteurs qui expliquent la course aux abîmes du Tadjikistan dans le Classement mondial de la liberté de la presse, souligne le responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Johann Bihr. Le blocage des sites d’information indépendants favorise la circulation des rumeurs et accroît la domination des médias russes dans le pays : qui y a intérêt ? Les autorités viennent de renoncer à augmenter le prix des télécommunications, nous les exhortons à faire preuve du même bon sens pour débloquer les sites d’information.”

Le président Emomali Rakhmon a annulé, le 23 avril, la forte hausse des prix de l’Internet et des communications mobiles, décrétée un mois plus tôt par une agence gouvernementale. Cette mesure avait suscité de fortes protestations, les tarifs tadjiks comptant déjà parmi les plus élevés au monde.

Le Tadjikistan occupe la 161e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.