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21 mai 2016

RSF dénonce les pressions continues du pouvoir tadjik sur les médias indépendants

Emomali Rahmon, président du Tadjikistan
A la veille du référendum constitutionnel du 22 mai 2016, le gouvernement tadjik continue de mener la politique répressive qui a valu au pays sa chute spectaculaire au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) : blocage des principaux sites d’information indépendants, intimidation d’organes de presse, menaces contre des journalistes...

Après la publication d’articles sur le référendum autour du projet de réforme constitutionnelle prévu le 22 mai au Tadjikistan, les principaux sites d’information indépendants, dont ceux d’Asia-Plus, Radio Ozodi et Ozodagon, ont été bloqués, le 11 mai dernier. Une pratique devenue habituelle ces dernières années à l’approche d’échéances importantes. Et le réferendum en est une.


Les modifications les plus controversées prévoient de ne plus limiter le nombre de mandats présidentiels, de restreindre les activités des partis d’opposition et d’abaisser l’âge minimum requis pour être candidat à l’élection présidentielle. L’objectif étant de permettre au président Emomali Rakhmon de rester au pouvoir tant qu’il le pourra, puis de céder la place à son fils.


Asia-Plus a publié, le 14 mai, une lettre que le ministère de la Culture lui avait récemment adressée pour lui signifier que certains de ses articles relevaient de « propagande terroriste ». Les articles mentionnés portent sur les révélations du Financial Times au sujet de la rémunération des combattants du groupe Etat islamique (EI), la réponse du pouvoir à la radicalisation en Asie centrale, ou encore la répression de l’opposition islamiste au Tadjikistan. Ils ne font en aucun cas l’apologie de mouvances terroristes. RSF dénonce dans cet avertissement une tentative d’intimidation des médias indépendants et une incitation à l’auto-censure, sous prétexte de lutte antiterroriste. L’organisation continue par ailleurs de recevoir des témoignages de journalistes indépendants qui font l’objet de menaces et de tentatives de chantage de la part des services de renseignement.


« Priver la population d’information libre avant une échéance politique aussi cruciale est un véritable déni de démocratie, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Si les autorités cherchent véritablement à lutter contre le terrorisme, elles devraient voir dans le pluralisme médiatique un allié, un facteur de dialogue et d’apaisement des tensions. Nous les appelons à lever le blocage des sites d’information et à mettre un terme au harcèlement des journalistes indépendants. »


A la 150e position sur 180 pays, le Tadjikistan a perdu 34 places au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, la chute la plus spectaculaire enregistrée cette année. Les pressions sur les journalistes et les blocages de sites internet ont rythmé la vie des médias libres du pays, notamment depuis les élections législatives de 2015 et l’interdiction du principal parti d’opposition, le Parti de la Renaissance islamique. La dégradation de la situation des droits de l’homme au Tadjikistan a été soulignée lors de l’Examen périodique universel du pays par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, début mai 2016. RSF appelle la communauté internationale à accentuer la pression sur Douchanbé pour enrayer cette dérive.