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20 août 2018 - Mis à jour le 21 août 2018

Meurtre de Ján Kuciak : “La démocratie slovaque ne peut faire l’économie d’une enquête réelle et indépendante”.

Six mois après le meurtre du journaliste d'investigation Ján Kuciak et de sa compagne, Martina Kušnírová, l’enquête est au point mort et les promesses de protection contre les journalistes ont visiblement été oubliées. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une situation alarmante.

Il faudrait un miracle pour que l’enquête sur le meurtre de Ján Kuciak aboutisse confie à RSF l’un de ses collègues. Malgré les demandes incessantes des soutiens et des proches du journaliste assassiné et de sa compagne, l’enquête ouverte quelques jours après l’assassinat du couple le 21 février 2018, n’a apporté aucun résultat probant. Pire, de nombreuses irrégularités ont été relevées dans le dossier, au point que dans une tribune publiée le 17 août, plus de 300 journalistes et éditeurs slovaques affirment avoir “des doutes sur l’indépendance de l’enquête”. Ils s’inquiètent notamment de l’absence de “changements fondamentaux au sein de la police et du parquet” alors que Ján Kuciak avait notamment révélé dans ses articles des liens présumés entre la mafia et l’entourage de l’ancien Premier ministre, Robert Fico.

 

“La démocratie slovaque ne peut faire l’économie d’une enquête réelle et indépendante. Elle doit retrouver et condamner les tueurs de Ján Kuciak et de sa compagne, déclare le bureau UE-Balkans de RSF. Il est en plus particulièrement inquiétant de constater que le climat général contre la presse continue de se dégrader dans le pays. L’absence de progrès au niveau de l’enquête et de volonté politique manifeste de permettre aux journalistes slovaques de travailler en sécurité devient alarmante.”

 

Dans leur tribune intitulée “Nous ne laisserons pas Ján et Martina tomber dans l’oubli”, les journalistes slovaques constatent que non seulement les responsables politiques n’ont pas changé depuis le meurtre de leur confrère mais ils assurent que “leur façon de s’adresser aux journalistes ou de parler d’eux est désormais encore plus dure”. Aucune mesure officielle visant à renforcer la liberté de la presse n’a été prise depuis six mois, et la situation des journalistes continue à se détériorer dans le pays  notamment au sein de la chaîne publique slovaque RTVS où les pressions politiques ont entraîné des départs en série.

 

Certes, après l’assassinat de Ján Kuciak, la police avait immédiatement mis en place des mesures particulières de protection de certains journalistes : “Si vous pensez qu’une attaque peut se produire, faites-le nous savoir de façon à ce que nous puissions prendre les mesures nécessaires pour assurer votre intégrité physique” expliquait alors le chef de la police, Tibor Gašpar. Mais les effets qui ont suivi ces promesses n’ont pas duré : selon des informations recueillies par RSF, le niveau de protection physique accordé aux journalistes menacés après l’assassinat de Ján Kuciak a progressivement diminué au cours des derniers mois.

 

La Slovaquie a accusé un net recul dans le dernier Classement de la liberté de la presse de RSF et occupe désormais la 27e place sur 180 pays. L’assassinat du journaliste d’investigation Ján Kuciak a exposé au grand jour de nombreux problèmes auxquels font souvent face les journalistes slovaques.