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8 août 2016 - Mis à jour le 10 août 2016

Madagascar : une radio libre trop critique court-circuitée par les autorités municipales

Manifestation des habitants d'Ilaka le 6 août dernier contre la fermeture de la radio Jupiter
Reporters sans frontières (RSF) s’insurge contre la censure arbitraire d’une radio indépendante par une compagnie d'électricité cautionnée par les autorités municipales d’Ilakaka. L’organisation appelle le gouvernement malgache à mettre un terme à cette situation illégale, et à assurer la légalité des actions des autorités locales.

A Ilakaka, ville minière située à 700 kilomètres de la capitale Antananarivo, la radio Jupiter est privée d’électricité depuis lundi 1er août 2016. Des agents de la société Maherlla, fournisseur privé d’énergie électrique sont venus dans les locaux de la radio couper l’électricité. Face à l’incompréhension de la direction de la radio, parfaitement à jour de ses factures électriques, ces agents ont produit un document où la justification de cette coupure est formulée ainsi: «dénigrement de l’entreprise fournisseur d’électricité, ce qui signifie que l’on n’a pas besoin de ses services» et «irrespect et mépris envers des autorités».


“Reporters sans frontières condamne cette action qui est un pur acte de censure envers une radio dont le ton est jugé trop indépendant des pouvoirs économiques et politiques en place, déclare Cléa Kahn-Sriber, du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Nous demandons aux autorités municipales et à la société Maherlla de respecter la loi et de rétablir immédiatement l’électricité de la radio.”


La radio Jupiter est l’unique média de la région qui fournit une information alternative à celle des canaux officiels. C’est peut-être la raison qui a incité le maire de la ville, Ratsimanoitry Razafiarison dit Zidane, à la choisir pour organiser une émission de débat sur la gestion de sa commune, le 28 juillet. Invité à ses côté: Benjamin Ravelonirina, son directeur de cabinet, mais également propriétaire de l’entreprise d’électricité Maherlla. Rapidement, les appels en direct des auditeurs et les questions des autres invités ont mis mal à l’aise les deux hommes, à qui on reproche notamment la mauvaise gestion des ordures publiques. Le journaliste Fernand Cello a lui soulevé la question d’une taxe communale de 3% prélevée par l’entreprise Maherlla sur la facture des consommateurs, mais qui reste introuvable dans les comptes de la commune. Furieux, le maire a quitté l’émission en plein direct.


Pour le journaliste Fernand Cello, il s’agit tout simplement d’une «décision politique et d’un abus de pouvoir». La radio Jupiter a d’ailleurs décidé de porter plainte. Fernand Cello est un journaliste connu par ses reportages sur la corruption et la destruction de l’environnement autour de l’exploitation des mines de saphir à Ilakaka. Fin 2014, après avoir révélé l’existence d’une mine clandestine dans la région, il avait dû trouver refuge à Antananarivo pour échapper aux menaces des autorités locales. Plus récemment, en janvier 2016, après un reportage sur le trafic d’organes, il a fait l’objet d’une grave agression physique et été hospitalisé.


La population locale d’Ilakaka a organisé, samedi 6 août 2016, un rassemblement de protestation et de soutien à l'équipe de la radio, dont elle apprécie l’indépendance.


Cette affaire se déroule à un moment où les journalistes malgaches se battent contre l’adoption d’un nouveau de Communication liberticide auquel on reproche justement la volonté des autorités de renforcer leur mainmise sur la presse.


Madagascar occupe la 56e place sur 180 pays dans l’édition 2016 du Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.