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12 octobre 2018

Madagascar : “halte à la censure”, prévient RSF

Kiosque à journaux à la veille de la derniière élection présidentielle à Madagascar, le 22 octobre 2013. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Alors que se profile le 7 novembre l’élection présidentielle à Madagascar, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de ne pas recourir à la censure après des injonctions visant à empêcher la publication d’un sondage et la fermeture d’une radio.

Qui parmi les 36 candidats à l’élection présidentielle tient la corde pour arriver en tête du premier tour de l’élection présidentielle prévue le 7 novembre à Madagascar ? La réponse n’a pas été publiée par Politikà, un bimestriel d’information financé par la fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung, qui avait pourtant commandé un sondage afin de rendre compte des tendances de l’opinion à quelques semaines du scrutin.


Dans une lettre adressée à l’ambassade d’Allemagne, le ministère malgache des Affaires étrangères a fait part de ses “vives préoccupations quant à la publication de chiffres ou de sondages d’opinion” évoquant des impératifs liés à la “sauvegarde de l’ordre public et de la sécurité d’Etat”. Face à la pression des autorités, le rédacteur en chef de la revue, Raoto Andriamanambe, joint par RSF, raconte avoir “déchiré et découpé les pages” qui contenaient les résultats du sondage le 26 septembre, à la veille de la sortie de la revue.


Quelques jours plus tard, une nouvelle lettre, cette fois en provenance du ministère de la Communication a été adressée à Hawel Mamodaly, député de l’opposition et propriétaire de Fréquence Menabe, pour lui ordonner de fermer sa radio située dans la région de Morondava, 650 km à l’ouest de la capitale Antananarivo. Les autorités reprochent officiellement à cette station très populaires dans cette région, d’avoir incité aux troubles après qu’un habitant a relayé à l’antenne un appel à manifester contre une décision de justice ordonnant la remise en liberté provisoire de deux voleurs de boeufs présumés. D’autres médias ont pourtant relayé ces faits sans être inquiétés. 


“Empêcher la publication d’un sondage ou fermer arbitrairement une radio appartenant à un député de l’opposition à l’approche de l’élection présidentielle, constitue des actes de censure préjudiciables à la qualité du débat démocratique, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Le libre exercice du journalisme est une garantie indispensable à la tenue d’élections justes et transparentes”.


Les relations entre les autorités malgaches et les journalistes ont parfois été tendues sous la présidence d’Hery Rajaonarimampianina, candidat à sa propre succession le 7 novembre prochain. Dès son arrivée au pouvoir en 2013, le président avait mis en garde les reporters de la Grande Ile sur l’existence de “limites” à la liberté de la presse. Son Premier ministre avait également exhorté les journalistes à ne plus poser de “questions dérangeantes” au chef de l’Etat.


En 2016, RSF avait dénoncé l’adoption d’un code de la communication s’appuyant sur un code pénal qui prévoit des peines de prison pour certains délits de presse. Notre organisation s’était également mobilisée pour obtenir la remise en liberté provisoire de Fernand Cello, journaliste de la Radio Jupiter condamné arbitrairement à deux ans de prison avec sursis à la suite d’enquêtes dénonçant la corruption et les abus de pouvoir dans une région du sud du pays.


Madagascar occupe la 54e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2018.