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11 décembre 2017

Inde : un journaliste français détenu au Cachemire

Paul Comiti (à gauche) était en repérage en vue d'un film sur la situation explosive au Cachemire indien. La région fait l'objet de nombreuses manifestations indépendantistes, comme le 5 décembre dernier dans le district de Kulgam (à droite) (Photos : Kenzo Tribouillard et Tauseef Mustafa / AFP).
Le journaliste français Paul Comiti a été arrêté samedi dans l’Etat du Jammu-et-Cachemire, au nord de l’Inde, alors qu’il s’était plié aux exigences sécuritaires imposées par l’armée. Reporters sans frontières (RSF) appelle à sa libération rapide.

Il se contentait d’effectuer des repérages en vue d’un film sur la situation sécuritaire au Cachemire indien quand Paul Comiti, journaliste et documentariste français de 47 ans, a été interpellé samedi en fin d’après-midi. Il a été placé en détention provisoire dans la foulée à Srinagar, la capitale de l’Etat du Jammu-et-Cachemire.


D’abord accusé de trouble à l’ordre public, il a ensuite été inculpé par la police locale de violation des règles de visa : le documentariste avait préféré demander un visa “affaires” mentionnant sa qualité de producteur, plutôt qu’un visa “journaliste”, quasiment impossible à obtenir pour les reporters étrangers voulant travailler en Inde, tant les conditions sont drastiques. Il attendait pour commencer à filmer des autorisations de tournages, demandées aux autorités il y a plus de deux mois. Le journaliste devait rencontrer un juge aujourd’hui lundi.


“RSF appelle à la libération immédiate de Paul Comiti, qui a pris toutes les mesures nécessaires pour se plier aux exigences sécuritaires imposées par New Delhi aux journalistes voulant couvrir la situation au Cachemire, indique Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


Le journaliste a agi en toute transparence avec les autorités indiennes, et cette arrestation apparaît clairement comme un prétexte pour l’empêcher de faire son métier. Or, l’expression d’une presse libre est le meilleur moyen de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le Cachemire indien depuis plus d’un an.”


Revendiquée par le Pakistan, la partie indienne du Cachemire, à majorité musulmane, est l’objet d’une nouvelle vague d’affrontements violents entre manifestants et forces de sécurité depuis juillet 2016, lorsqu’un militant populaire de 23 ans a été abattu par l’armée. On compte depuis plusieurs centaines de morts.


Paul Comiti se trouvait depuis deux semaines dans la vallée du Cachemire pour rencontrer plusieurs interlocuteurs et faire le point sur cette situation explosive. Il s’est entretenu aussi bien avec des responsables militaires que des figures séparatistes ou des avocats des droits de l’homme. Il avait notamment demandé aux autorités indiennes de pouvoir filmer la vie d’une unité de l’armée indienne sur place.


L’Etat du Jammu-et-Cachemire est de facto une zone de non-droit en Inde, où les journalistes sont gravement entravés dans leur travail. Le 5 septembre dernier, le photojournaliste Kamram Yusuf a été arrêté par l’agence de contre-terrorisme indienne, prétendument pour avoir lancé des pierres, ce que contestent ses confrères. Sa période de détention a été étendue à 180 jours la semaine dernière.


Les autorités coupent aussi très régulièrement tout accès à l’Internet, à la 3G et à la 4G, plongeant l’Etat dans un black-out médiatique, comme au printemps dernier. En août 2016, RSF a également dénoncé les attaques dont ont été victimes les journalistes Muneeb Ul Islam et Mir Javid.


Dans le reste de l’Inde, les voix qui osent critiquer la politique de New Delhi au Cachemire sont accusées de saper l’unité nationale, a fortiori depuis l’arrivée au poste de Premier ministre de Narendra Modi, chef du parti nationaliste hindou.


L’Inde est située à la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.