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18 mai 2017 - Mis à jour le 23 août 2019

Pour faire taire les voix dissidentes, les autorités indiennes coupent Internet au Cachemire

photo : Tauseef MUSTAFA / AFP
Face aux manifestations sanglantes qui secouent le pays, le gouvernement indien coupe régulièrement Internet au Cachemire et a interdit depuis le 26 avril l’usage de 22 réseaux sociaux. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de rétablir immédiatement les moyens de communication et de cesser de menacer les journalistes et les journalistes-citoyens.

Depuis le 8 avril 2017, les échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre ont déjà fait huit victimes et plus de 80 blessés. Dans ce contexte de violence généralisée, les journalistes sont souvent directement pris pour cibles. Nos sources rapportent qu’au cours d’affrontements, un policier a ordonné l’arrêt de filmer à un journaliste sans quoi il “briserait ses os et son matériel”.


C’est ainsi qu’ils se comportent avec les médias, rapporte un deuxième journaliste, qui a été menacé avec une arme à feu. Cela illustre l’impunité dont jouit la police dans notre pays.” “Alors que je sortais mon téléphone pour capturer la scène, un policier s’est brutalement dirigé vers moi. Il a menacé de tirer sur moi si je prenais des photos. J’ai été tellement choqué par cette violence alors que j'exerçais simplement mon devoir de journaliste que je lui ai cédé mon téléphone”, témoigne un autre.


Empêcher les journalistes de couvrir les évènements ne suffit pas aux autorités indiennes qui ont coupé Internet depuis le début du mois d’avril. Une méthode régulièrement utilisée, puisqu’en cinq ans, les communications internet ont été coupées 28 fois, comprenant un blocage de cinq mois en 2016 après la mort du leader séparatiste Burhan Wani.


Le gouvernement a toutefois franchi un nouveau seuil cette année, marquée par un mois d’avril particulièrement inquiétant pour la liberté d’information. Le 8 avril, Internet a été une première fois suspendu pendant quatre jours après une manifestation qui a fait plusieurs victimes.


Dix jours plus tard, forces de l’ordre et manifestants se sont à nouveau vivement affrontés avec camions à eau, gaz lacrymogènes et jets de pierres, faisant 65 blessés parmi les étudiants. A la suite de ces événements, le gouvernement a bloqué les réseaux 3G et 4G et a interdit l’utilisation de 22 plateformes sociales telles que Facebook ou Twitter pendant un mois. Selon le communiqué du gouvernement, les réseaux sociaux seraient “utilisés à mauvais escient” par des “éléments anti-nationaux et hostiles” qui inciteraient la population à “porter atteinte à la vie, aux biens, à la paix et la tranquillité”.


Le gouvernement indien et les forces de l’ordre demeurent une menace pour les libertés fondamentales dans la région. L’année passée, les violences dirigées contre les journalistes ont particulièrement inquiété les organismes de défense des libertés de la presse et de l’information. En juillet 2016, RSF a dénoncé les attaques dont ont été victimes les journalistes Muneeb Ul Islam et Mir Javid.


L’Inde est située à la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017 et perd trois places par rapport à l’édition 2016. Cette dégradation relativement faible s’explique par la baisse du nombre de morts de journalistes, mais les menaces et violences se font indéniablement toujours plus nombreuses.