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22 septembre 2017 - Mis à jour le 28 septembre 2017

Fernand Cello condamné avec sursis, son avocat fait appel.

Le journaliste Fernand Cello, crédit photo: La dépêche de Madagascar
Alors que s’ouvre le procès de Fernand Cello à Illhosy au sud d’Antananarivo, Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’acharnement des autorités de la région contre le directeur de la Radio Jupiter. Connu pour ses enquêtes sur des sujets sensibles, le journaliste, aujourd’hui emprisonné depuis plus de quatre mois, est poursuivi pour des motifs fallacieux par des personnes qui avaient été mises en causes sur les ondes à la suite de ses investigations.

ACTUALISATION:


Fernand Cello a été condamné le 26 septembre pour vol de chèque à deux ans de prison avec sursis, assortis d’une amende de 720.000 ariarys, ( à peu près 200 euros, plus de cinq fois le salaire moyen) également avec sursis. Il est donc sorti libre de la prison d'Ihosy après quatre mois et demi de détention préventive. Fernand Cello et son avocat affirment vouloir faire appel du verdict qu’ils refusent.

Le journaliste continue d’être poursuivi pour “diffamation publique” en vertue du code de la communication, et pour “dénonciation calomnieuse” et “menace verbale de mort”, des chefs d'inculpation qui relèvent du code pénal et sont donc passibles de prison. L’audience pour examiner ces trois chefs d’accusation est prévue le 20 octobre.



Alors que s’ouvre le procès de Fernand Cello à Illhosy au sud d’Antananarivo, Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’acharnement des autorités de la région contre le directeur de la Radio Jupiter. Connu pour ses enquêtes sur des sujets sensibles, le journaliste, aujourd’hui emprisonné depuis plus de quatre mois, est poursuivi pour des motifs fallacieux par des personnes qui avaient été mises en causes sur les ondes à la suite de ses investigations.


Mardi 19 septembre, le journaliste Fernand Cello, fondateur de la Radio Jupiter, basée dans la ville minière d’Ilakaka, a comparu devant le tribunal d’Ihosy. C’est la première audience du procès pour le journaliste qui est emprisonné depuis plus de quatre mois et dont la mise en liberté provisoire demandée par ses avocats a été refusée à quatre reprises par le tribunal.


L’audience a duré trois heures, à l’issue desquelles le tribunal a annoncé que le verdict serait rendu lors d’une audience prévue le 26 septembre. Le journaliste est entre autres poursuivi pour “vol de chèque” et “faux et usage de faux”. S’il est reconnu coupable, il risque entre trois mois et cinq ans de prison. La plainte a été déposée par Andry Maherllah, le propriétaire de la compagnie locale d'électricité qui avait déjà été mis en cause par le journaliste en août 2016. Pourtant, selon la banque, le chèque émis et encaissé en 2015 n’a jamais été déclaré volé.


Le journaliste est également poursuivi pour “dénonciation calomnieuse et diffamation publique”, mais l’audience pour l’examen de ces faits a été reportée au 20 octobre prochain. L’avocat du journaliste, interrogé par RSF n’a pas été en mesure de dire les raisons de ce report.


“ Ces poursuites sont fallacieuses et poursuivent un objectif clair, maintenir en prison un journaliste innocent dont les enquêtes sur des abus de pouvoir dérangent, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Le dossier de l’accusation est vide. Nous demandons que cesse cette parodie de justice et que le journaliste soit immédiatement remis en liberté.”



Une radio dans le collimateur des autorités locales


Seule radio indépendante de la région d’Ihorombe à plus de 700 kilomètres au sud de la capitale, dans une zone minière en proie aux trafics et à la mauvaise gouvernance, elle dénonce régulièrement les collusions entre intérêts privés et publics. Les conséquences ne se sont pas fait attendre.


En février 2016, Fernand Cello était violemment passé à tabac, avait dû être évacué vers la capitale. Il conserve aujourd'hui des séquelles de cette agression. Critiqué lors de son interview en août 2016, Andry Maherllah avait fait couper l’électricité de la radio qui avait continué à émettre en se dotant de panneaux solaires. En décembre 2016, Radio Jupiter avait effectué un reportage sur les dégradations environnementales perpétuées par l’entreprise minière Gondwana. A peine, quelques heures après la diffusion de l’émission, une dizaine de militaires confisquaient l'émetteur de la Radio Jupiter au motif que celle-ci était “illégale”, alors qu’elle existe depuis 15 ans. Le directeur de la radio entrait alors en clandestinité.


Il en est sorti quatre mois plus tard, lorsque, le 21 avril 2017, le ministère des Mines a suspendu les activités de la compagnie Gondwana, pour violation du code minier. Fernand Cello a alors pris la parole dans plusieurs médias pour dénoncer les autorités judiciaires et politiques de la région d’Ihorombe. Il a été arrêté quelques jours plus tard le 6 mai 2017, en sortant d’un séjour à l’hôpital.


Madagascar possède un paysage médiatique pluriel mais peu équilibré. Les principaux médias sont possédés par des hommes d’affaires ou politiques qui influent sur leur ligne éditoriale. Un nouveau code de la Communication promulgué en juillet 2016 a été largement dénoncé par la profession comme prévoyant des peines dissuasives pour la liberté de la presse. Madagascar occupe la 57ème place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.