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9 décembre 2016 - Mis à jour le 11 mai 2017

Fermeture de la Radio Jupiter, le journaliste Fernand Cello en cavale

Crédit : Le journaliste Fernand Cello au 16è Sommet de la Francophonie en novembre 2016 / Privé
​ Reporters sans frontières (RSF) condamne les nouvelles pressions contre la radio Jupiter, située à Ilakaka, dans le sud-ouest de Madagascar. Accusé “d’appel à la rébellion” et sous mandat d’arrêt, pour un reportage environnemental, le journaliste Fernand Cello a été contraint à entrer en clandestinité.


Le 8 décembre 2016, une dizaine de militaires malgaches ont fait irruption dans les locaux de la Radio Jupiter à Ilakaka, dans le sud-ouest du pays. Ils ont confisqué l’émetteur de la radio, ainsi que du matériel informatique, avant de tenter d’arrêter le journaliste, phare de la station, Fernand Cello. Ce dernier a pu prendre la fuite et fermer les locaux de sa radio avant que les forces de sécurité n’y entrent de force. Il est depuis en clandestinité.


Selon plusieurs témoins, la couverture par la radio des questions environnementale de la région serait à l’origine de ce raid. En effet, Fernand Cello n’a de cesse de dénoncer sur les réseaux sociaux et sur l’antenne de sa radio l’ ”exploitation minière sauvage” de la région par la société Gondwana. Les activités de cette société, appartenant à des proches du pouvoir, ont chassé les petits exploitants miniers, avec l’aide de "gros bras" et de militaires armés, et souillé, la rivière Ilakaka qui alimente la population en eau. Il avait d’ailleurs été pris à partie par des agents de sécurité armés de la société Gondwana lors de ses enquêtes.


“RSF condamne fermement cette acharnement des autorités locales contre Fernand Cello et la Radio Jupiter,” a déclaré Cléa Kahn Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. “Ces accusations de troubles à l’ordre public sont clairement un prétexte pour mettre un terme aux investigations du journaliste qui conduit un travail d’information citoyenne auprès de la population d’Ilakaka. Nous demandons l’abandon des charges et la réouverture immédiate de la radio”.


D’après le préfet d’Ihosy Thierry Ralaiharison, le journaliste aurait “tenu des paroles portant atteinte de manière délibérée et répétée à l’ordre public. Il a aussi déjà conduit des manifestations sans autorisation qui ont été tolérées jusqu’ici. Concernant le mandat d’arrêt et la saisie du matériel de la radio, ce n’est pas de mon ressort, mais celui de la justice.”


Quelques heures plus tard, les militaires sont revenus démonter les panneaux solaires qui alimentent la radio. En effet, l’entreprise privée d’électricité de la région, Maherlla, avait simplement coupé l’alimentation de la radio après une émission de Fernand Cello dénonçant des malversations entre l’entreprise et le maire de la ville.


Madagascar occupe la 56e place sur 180 pays dans le Classement 2016 pour la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.