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15 mars 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Deux dissidents arrêtés pour avoir diffusé des documents sur Internet


Dans une lettre adressée au ministre vietnamien de la Sécurité publique, le lieutenant général Le Minh Huong, Reporters sans frontières (RSF) a demandé la libération de Le Chi Quang et Tran Khue, deux dissidents vietnamiens récemment arrêtés par la police pour avoir diffusé sur Internet des documents critiques à l'encontre du gouvernement. RSF s'est inquiétée de la répression exercée à l'encontre des dissidents qui utilisent Internet pour informer ou s'informer sur la situation politique dans le pays, et notamment sur les relations entre le Viêt-nam et la Chine. "Au moment même où va s'ouvrir la Commission des droits de l'homme des Nations Unies à Genève, cette nouvelle vague de répression démontre à quel point le Viêt-nam reste un ennemi de la liberté d'expression", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. Selon les informations recueillies par RSF, Le Chi Quang, un professeur d'informatique également diplômé de la Faculté de droit, a été arrêté, le 21 février 2002, dans un café Internet de Hanoi. Il a été inculpé d'avoir diffusé à l'étranger des informations dangereuses. Les policiers ont saisi du matériel informatique et des documents à son domicile. Le Chi Quang, âgé de 31 ans, a ensuite été placé en détention dans le camp B14 de la province de Ha Dong (nord du pays). Son arrestation fait suite à la diffusion sur Internet d'un texte intitulé "Vigilance envers l'Empire du Nord". Dans ce document très détaillé, le dissident revenait sur les conditions dans lesquelles les autorités vietnamiennes ont signé des accords frontaliers avec le gouvernement de Pékin. Le texte a été très largement diffusé au sein de la communauté vietnamienne à l'étranger. Le 8 mars 2002, la police de Hô Chi Minh-Ville a perquisitionné le domicile de Tran Khue, professeur de littérature et fondateur d'une association de lutte contre la corruption. Les policiers ont saisi un ordinateur, une imprimante, un appareil photo, des téléphones portables et des documents appartenant au dissident. Le 10 mars, ce dernier a été placé en résidence surveillée en vertu de la directive administrative 31/ CP. Cette décision fait suite à la diffusion sur Internet d'une lettre de Tran Khue adressée au président chinois Jiang Zemin, à la veille d'une visite officielle au Viêt-nam. Le dissident demandait au chef d'Etat de revoir certaines clauses des accords sino-vietnamiens. En août 2001, Tran Khue avait déjà été interpellé par la police et reconduit à son domicile alors qu'il enquêtait sur la situation dans les zones frontalières avec la Chine. Reporters sans frontières rappelle que deux autres dissidents, Ha Sy Phu et Bui Minh Quoc, sont également en détention surveillée dans la ville de Dalat (sud du pays). Dans un rapport intitulé "Les ennemis d'Internet", publié en février 2001, RSF constatait : "Les questions de politique ou de religion sont taboues sur le Réseau. Près de deux mille sites politiquement ou moralement " dangereux " sont filtrés " manuellement " par la Vietnam Data Corporation (VDC qui dépend de l'administration des Postes et Télécommunications). Des proches des dirigeants du comité central du Parti communiste sont à la tête de tous les fournisseurs d'accès du pays. Ainsi, le directeur de la Financing and Promoting Technology (FPT), Truong Gia Binh, est le gendre du général Giap, héros de la guerre d'indépendance. Un investisseur issu de la diaspora vietnamienne a récemment été écarté du secteur Internet, domaine réservé de la nomenklatura."