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11 septembre 2017

Chine: un grand défenseur de l’Internet libre sous les verrous

Reporters sans frontières (RSF) réclame la libération de Zhen Jianghua, directeur du site anti-censure Across The Great FireWall, et dénonce l’acharnement du régime chinois à l’encontre des journalistes citoyens et des blogueurs.

Reporters sans frontières (RSF) enjoint les autorités chinoises à libérer immédiatement le journaliste Zhen Jianghua, que la police de Zhuhai (sud) a placé en détention dans un lieu inconnu, sans donner de motif, le 1er septembre dernier. Sa compagne, interpellée en même temps que lui, a été relâchée au bout de six heures. Leur appartement a été perquisitionné deux fois sans mandat et le matériel électronique emporté.


Zhen Jianghua, aussi connu sous le pseudo de Guests Zhen, dirige le site Across The Great FireWall, un média d'information spécialisé dans les questions de cybersécurité, qui fourmille de conseils techniques pour contourner la censure et se protéger de la surveillance. Il avait déjà été interpellé et détenu quelques jours en septembre 2016. Ce militant réputé est aussi le fondateur du groupe de défense des droits civiques Human Rights Campaign in China et a organisé il y a peu un mémorial en l’honneur de Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix mort en détention en juillet.


Pékin en guerre contre les journalistes citoyens


“Cette nouvelle mise en détention, illégale selon la loi chinoise puisque les droits de la défense ne sont pas respectés, témoignage de la véritable guerre menée par Pékin contre la liberté d’information, commente Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de RSF. En moins de cinq ans, le président Xi Jinping a réussi à mettre au pas les médias traditionnels. Si on le laisse faire, il aura bientôt muselé de la même manière les journalistes citoyens et les blogueurs, qui sont les dernières voix libres de Chine.”


L’an dernier, le pouvoir chinois s’est ainsi acharné sur le site 64 Tianwang, prix RSF de la liberté de la presse 2016. L’année a débuté par le procès et la condamnation à quatre ans et demi de prison de la journaliste indépendante Wang Jing, suivie de l’arrestation de cinq autres collaboratrices du site. Fin novembre, la police a arrêté le fondateur du site lui-même, le célèbre journaliste Huang Qi, lauréat 2004 du prix RSF dans la catégorie Cyberdissident, dont la mauvaise santé laisse craindre qu’il ne meure en détention.


Dix jours avant Huang Qi, la police chinoise a aussi arrêté Liu Feiyue, fondateur d’un autre site emblématique, Civil Rights and Livelihood Watch, qui risquerait la prison à vie. Plus tôt dans l’année, les journalistes citoyens Lu Yuyu et Li Tingyu, qui compilaient dans leur blog Not News les mouvements sociaux dans l’ensemble du pays. Ce travail, récompensé par le prix RSF de la liberté de la presse 2016 catégorie journalistes-citoyens, a valu à Lu Yuyu une condamnation à quatre ans de prison.


La Grande Muraille numérique se referme


L’interdiction des commentaires anonymes, qui sera effectif le 1er octobre, et la suppression progressive des services VPN étrangers, réduisent encore l’espace de liberté des internautes chinois. Enfin une nouvelle réglementation, entrée en vigueur en juin, instaure le délit de “publication illégitime” d’informations, qui vise tous ceux qui ne sont pas enregistrés comme journaliste professionnel. Une bonne manière de pousser les internautes à l’autocensure: un simple post partagé sur un réseau social, s’il devient viral et déplait au pouvoir, pourra désormais valoir une peine de prison.


A quelques semaines de l’ouverture du 19e congrès du Parti communiste, le 18 octobre prochain, le régime de Xi Jinping n’a jamais été aussi proche de parachever son vieux rêve de construire un Internet “avec des caractéristiques chinoises”, c’est à dire entièrement sous son contrôle et expurgé des contenus contraires à ses plans et à sa doctrine. La Chine arrive en 176e position sur 180 pays dans le classement RSF de la liberté de la presse, avec dans ses geôles plus de 100 journalistes et cyber-journalistes.