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6 septembre 2018 - Mis à jour le 11 septembre 2018

Cachemire : RSF demande la libération d’Aasif Sultan, journaliste détenu depuis dix jours par la police indienne

La femme et le père d’Asif Sultan s’occupent de la fille du journaliste, âgée de six mois. Son père est maintenu en détention depuis dix jours (photo : Tauseef Mustafa / AFP).
Le journaliste cachemiri Aasif Sultan est maintenu en détention par la police indienne depuis dix jours, au mépris de toutes les règles de procédure pénale. Reporters sans frontières (RSF) demande sa libération immédiate et inconditionnelle.


Cela fait maintenant dix jours qu’Aasif Sultan, journaliste au mensuel Kashmir Narrator, est maintenu en détention par la police de l’Etat du Jammu-et-Cachemire. “Les chefs d’accusation sont très flous, a précisé son rédacteur en chef, Showkat A. Motta, hier mercredi 5 septembre à RSF. Tous les jours, la police nous répétait qu’il n’y avait rien de sérieux contre lui et qu’il serait relâché rapidement. Au bout de cinq jours, nous avons décidé de rendre publique son arrestation. Une heure plus tard, il était officiellement accusé d’‘hébergement de terroriste’.”


C’est dans la nuit du 24 août qu’une cinquantaine de policiers ont perquisitionné le domicile d’Aasif Sultan à Srinagar, la capitale du Cachemire, avant de l’emmener au poste. Selon son rédacteur en chef, le journaliste de 31 ans a subi de sévères violences en détention, et a notamment été battu au visage afin qu’il “explique son idéologie politique”. “Il a été interrogé sur la nature de ses articles, et pourquoi il n’écrit pas des choses plus positives”, reprend Showkat Motta.


“Il est inadmissible qu’un journaliste soit ainsi jeté en prison sans qu’aucune preuve sérieuse ne vienne étoffer le chef d’accusation, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Nous appelons les autorités de l’Etat du Jammu-et-Cachemire à ordonner immédiatement la libération d’Aasif Sultan, à abandonner les charges qui pèsent contre lui et à prendre des mesures contre les éléments de la police de Srinagar qui entretiennent cette détention arbitraire. C’est en laissant les journalistes exposer les différents points de vue que les tensions pourront s’apaiser dans la vallée du Cachemire.”


Procédure d’alerte


Début juillet, Aasif Sultan a publié un article à l’occasion du deuxième anniversaire de la mort de Buhran Wani, un militant cachemiri tué par les forces de sécurité le 8 juillet 2016. Son décès avait ravivé le mouvement de protestation contre la présence indienne dans la vallée. L’entourage du journaliste estime que c’est la vraie raison de son arrestation. “Il a été piégé”, résume Showkat Motta.


En juillet, RSF avait déclenché une procédure d’alerte sur l’état de la liberté de la presse en Inde, deux semaines après l’assassinat par balles du rédacteur en chef du quotidien Rising Kashmir, Shujaat Bukhari, alors qu’il quittait les bureaux de sa rédaction à Srinagar.


Il y a exactement un an et un jour, le 5 septembre 2017, le photoreporter cachemiri Kamran Yousuf, largement reconnu par la profession, était arrêté pour être transféré devant l’Agence nationale d’investigation, le contre-terrorisme indien. Toujours poursuivi, il a été libéré sous caution après avoir passé six mois derrière les barreaux.


L’Inde se situe en 138e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018.