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20 février 2018 - Mis à jour le 13 mars 2018

Inde : RSF demande la libération immédiate du photographe kashmiri Kamran Yousuf

Sans le travail de journalistes comme Kamran Yousuf (droite), il serait impossible de savoir ce qu'il se passe dans la vallée du Kashmir (photos : Kamran Yousuf / Archives).
Un tribunal de New Delhi doit décider demain du sort du photoreporter Kamran Yousuf, arrêté il y a six mois au Kashmir indien. Devant l’inconsistance des chefs d’accusation dont il fait l’objet, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités indiennes à sa libération immédiate.

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Actualisation :

À l’issue d’une audience du 12 mars, à New Delhi, un tribunal spécial de l’Agence nationale d’investigation a libéré sous caution le photojournaliste kashmiri Kamran Yousuf. Reporters sans frontières (RSF) salue la décision des autorités et les appelle désormais à abandonner les poursuites.

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Il risque la peine de mort pour avoir tenté de couvrir l’un des conflits les plus secrets du monde. Le photoreporter Kamran Yousuf, 23 ans, arrêté dans le sud de la province du Jammu-et-Kashmir le 5 septembre dernier, doit comparaître demain mercredi devant un tribunal de New Delhi, qui doit statuer sur sa demande de libération sous caution. Jeudi dernier, l’Agence nationale d’investigation, le contre-terrorisme indien, a publié un acte d’accusation qui affirme que le photographe ne serait pas un “vrai journaliste/pigiste professionnel” au prétexte qu’il ne couvrirait que des “activités anti-nationales” et qu’il n’aurait pas fait preuve du “devoir moral” de documenter les “activités de développement comme les inauguration d’hôpitaux ou d’écoles”.


“Il n’appartient pas au ministère de l’Intérieur de décider ce qu’est la déontologie journalistique, explique Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. L’inconsistance de l’acte d’accusation montre clairement que Kamran Yousuf sert de bouc-émissaire pour intimider les journalistes qui tentent de documenter la situation au Kashmir. La province est en train de devenir un nouveau Tibet, un trou noir de l’information. Non seulement les autorités indiennes doivent libérer immédiatement le photoreporter, mais elles doivent surtout comprendre que le travail des journalistes ne consiste pas à relayer leur propagande”.


Un rapide coup d’oeil à la page Instagram de Kamran Yousuf suffit à montrer que le photoreporter couvre toutes sortes d’actualités dans sa région qui, sans le témoignage des photographes indépendants, serait totalement coupée du monde. Correspondant dans son district de Pulwama pour le quotidien Greater Kashmir ou pour la chaîne de télévision Gulistan News, il a réalisé des reportages aussi bien sur l’activité des forces de police que sur des attaques menées par des groupes rebelles. Reconnu par ses confrères pour son professionnalisme, il a été nommé, deux semaines avant son arrestation, sur une liste des neuf photographes les plus prometteurs du Cachemire.


Arrêté par la police de la province au prétexte qu’il aurait participé à une manifestation durant laquelle des pierres ont été jetées sur les forces de sécurité, il a été mis en examen le 18 janvier pour “sédition, conspiration criminelle et tentative d’engager une guerre contre l’Inde”. Ce dernier chef d’accusation peut l’amener dans le couloir de la mort.


Plombée, entre autres, par les atteintes répétées à la liberté d’informer dans la vallée du Kashmir, l’Inde demeure à la 136e place sur 180 pays dans le classement de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.