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22 juillet 2019

Burundi : 3 ans après la disparition de Jean Bigirimana, RSF demande des analyses ADN

Crédit : Iwacu
Trois ans après la disparition du journaliste d’Iwacu Jean Bigirimana, les autorités ne manifestent aucune volonté de faire avancer l’enquête. Reporters sans frontières (RSF) demande que les corps retrouvés peu après la disparition du reporter fassent l’objet d’une identification scientifique.

Cela fait trois ans que le journaliste Jean Bigirimana a disparu. Trois ans d’opacité voire d’inaction de la part des autorités pour faire la lumière sur ce qui est arrivé au journaliste du site d’information indépendant Iwacu, porté disparu depuis le 22 juillet 2016. Selon plusieurs témoins, il a été vu pour la dernière fois aux mains d’agents du Service national de renseignements (SNR) dans la province de Muramvya au centre du pays. 


A ce jour, la piste la plus sérieuse reste le fruit d’une enquête menée directement par les journalistes de la rédaction d’Iwacu, en dépit d’intimidations et d’entraves des autorités locales. Quelques semaine après la disparition de leur confrère, leurs investigations avaient permis de  faire la découverte de deux corps en état de décomposition avancée dans une rivière, non loin du lieu où a été aperçu le journaliste pour la dernière fois. L’un deux était décapité. Convoquée pour une identification, la femme du journaliste n’avait pas pas reconnu son mari. Les corps ont ensuite été rapidement enterrés, sans qu’aucune analyse ADN n’ait été effectuée.


“Trois ans après la disparition de ce journaliste, il est inadmissible que l’enquête reste au point mort alors qu’il existe au moins une piste sérieuse qui n’a pas été pleinement exploitée, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Les quelques minutes passées par la femme du journaliste pour identifier les corps retrouvés ne peuvent suffire à écarter l’hypothèse que l’un deux pourrait être celui de Jean Bigirimana. Les deux cadavres étaient en mauvais état et l’un deux avait été décapité. Nous exhortons les autorités burundaises à solliciter une identification formelle de ces corps avec des moyens scientifiques. Seuls des tests ADN pourront nous dire avec certitude si l’un d’eux est celui du journaliste ou non”.


La rédaction d’Iwacu, un des rares médias libre depuis la répression qui a suivi la tentative de coup d’État de mai 2015, est régulièrement dans le collimateur des autorités. Son directeur a été contraint de s’exiler pour des raisons de sécurité. En octobre 2017, le site du journal a été bloqué, nécessitant l’intervention de RSF pour le rendre de nouveau accessible. Plus récemment, le journal a été accusé par l’organe de régulation des médias de “déséquilibre et calomnie” laissant craindre de futures sanctions alors que la plupart des médias indépendants sont menacés quand ils ne sont pas déjà sanctionnés à un an de l’élection présidentielle. 


Le Burundi occupe la 159e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019