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15 avril 2021

Brésil : vive inquiétude après l’assassinat de deux journalistes

Em sequência jornalistas Diego Santos, Junior Albuquerque, José Bonfim, Toninho Locutor. Fonte: RSF
De graves atteintes à la liberté de la presse ont été observées ces dernières semaines au Brésil. Reporters sans frontières (RSF) déplore un climat de travail extrêmement tendu et appelle les autorités à garantir la protection des journalistes et à punir les responsables de ces attaques sur l’ensemble du territoire.

Alors que plusieurs médias et reporters ont été visés par des menaces ou des campagnes d’intimidation ces dernières semaines, deux journalistes ont été assassinés dans des circonstances qui restent encore à éclaircir. 


L’animateur radio et humoriste de 32 ans, Weverton Rabelo Fróes, surnommé Toninho Locutor, a été exécuté, dimanche 4 avril dans la ville de Planaltino, dans l’État de Bahia. Le fondateur et propriétaire d’une radio locale amateur, qui animait un programme humoristique pour Radio Antena 1, a été assassiné de sang froid devant la porte de son domicile par un homme armé qui s’est arrêté en moto et a ouvert le feu avant de prendre la fuite.  


Quelques jours plus tard, le 9 avril, toujours dans l’État de Bahia, le producteur de télévision José Bonfim Pitangueiras a lui aussi été exécuté à Salvador par des individus armés qui l’ont abordé et criblé de balles avant de disparaître. Le journaliste âgé de 43 ans était producteur pour TV Record, une des principales chaînes de télévision du pays. Selon les informations de ses proches, il n’avait pas signalé de menaces récentes liées à son travail.


“Toute la lumière doit être faite sur ces assassinats. Les autorités locales comme fédérales doivent identifier et traduire en justice les responsables de ces meurtres et tout mettre en oeuvre pour garantir la protection des journalistes, déclare le directeur du bureau Amérique latine pour RSF, Emmanuel Colombié, qui s’inquiète par ailleurs  “des nombreuses atteintes à la liberté de la presse recensées récemment et  du climat délétère dans lequel évoluent actuellement les journalistes brésiliens. “


Plusieurs incidents graves ont notamment impliqué des journalistes qui remettaient en question la gestion de la crise sanitaire. Le 6 avril dernier, les locaux de Rádio Comunidade, une radio communautaire locale de Santa Cruz do Capibaribe, petite municipalité de l'État du Pernambuco, ont été envahis par quatre individus. Entrés de force, ils ont menacé les journalistes présents sur place, et notamment l’animateur Júnior Albuquerque. Les agresseurs, qui se sont présentés comme des partisans du président Bolsonaro, n’auraient pas apprécié les déclarations et les critiques du journaliste sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement fédéral. Le reporter a déposé plainte auprès de la police locale.


Le mois dernier, le 17 mars, ce sont les locaux de la rédaction du journal Folha da Região, situés à Olímpia, une ville du nord de l’État de São Paulo, qui ont été incendiés. Quelques jours plus tard, un militaire et pompier de la ville confessait avoir volontairement mis le feu au journal et agit “en révolte contre la presse”, qui selon lui "n'aiderait pas dans le combat contre la situation de crise sanitaire”. La police locale avait, quant à elle, affirmé que cet acte était “une réponse aux positionnements du journal en faveur des mesures scientifiques et légales pour lutter contre la pandémie du coronavirus”.


Enquêter sur la corruption reste par ailleurs une activité dangereuse. A Boa Vista, dans l’État de Roraima, le journaliste Diego Santos, présentateur du programme Verdade no Ar pour la chaîne de télévision Norte Boa Vista, affiliée au groupe de presse SBT, a reçu, le 1er avril dernier, dans sa boîte aux lettres une enveloppe contenant deux balles de calibre 380 accompagnées du message : “Pour Diego Santos”. Dans son programme Verdade no Ar, le journaliste dénonce régulièrement la corruption de la classe politique brésilienne et les activités des factions criminelles agissant dans l’État de Roraima. Pour Diego Santos, il ne fait aucun doute que ces menaces de mort sont liées à son travail. La police n’a pour l’instant privilégié aucune piste.


Le Brésil occupe la 107e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.