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28 mai 2020

Brésil : plusieurs médias suspendent leur participation aux points de presse présidentiels, jugés trop dangereux pour leurs journalistes

Pedro Ladeira/ Folhapress
Estimant que les conditions de sécurité ne sont pas suffisantes et inquiets pour leurs journalistes, plusieurs titres et groupes de presse brésiliens ont décidé, mardi 26 mai, de suspendre temporairement leur participation aux points presse organisés par le président Jair Bolsonaro. Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’escalade de ces attaques contre les médias et appelle les autorités à tout mettre en œuvre pour que cesse cette situation inédite et inacceptable.

Ce mardi 26 mai 2020, le groupe Globo (qui inclut TV Globo, les journaux O Globo, Valor Econômico et le site d'information G1), le groupe Bandeirantes, le quotidien Folha de São Paulo - principal journal du pays - et le site d’information Metropoles ont rendu publique leur décision de ne plus participer aux points presse quotidiens et informels du président Bolsonaro devant le palais présidentiel de l’Alvorada à Brasilia, la capitale du pays. Même s’il ne l’a pas annoncé officiellement, le journal O Estado de S. Paulo a lui aussi décidé de ne plus envoyer de reporters. Ces médias rejoignent le journal Correio Braziliense, qui avait pris la même résolution au début du mois de mai.


Cette décision inédite fait suite à un énième épisode de violences et d‘agressions verbales de la part des partisans de Jair Bolsonaro, également présents devant le palais de l’Alvorada lors des apparitions publiques et ponctuelles du président, et qui ne sont séparés de la presse que par une simple barrière. Les médias ont justifié cette suspension temporaire par le fait que les conditions de sécurité de leurs reporters n’étaient pas garanties. Les supporters de Bolsonaro ont pris l’habitude d’insulter et de menacer les reporters venus recueillir les déclarations du chef de l’Etat, qui tantôt encourage tantôt observe d’un œil amusé ces attaques et ces intimidations. 


Ce lundi 25 mai 2020, la violence est montée d’un cran alors que 60 militants extrêmement agressifs et vindicatifs s’étaient massés derrière la barrière de séparation pour hurler et insulter les journalistes présents. 


Dans la même journée et à quelques mètres de là, devant le ministère de la Défense, où le président s’était rendu pour déjeuner, une partie de ces mêmes militants se sont approchés et ont tenté d’encercler les journalistes, prêts à en venir aux mains, avant que la police militaire n’organise leur dispersion. Le lendemain, mercredi 27 mai, un reporter de CNN Brésil a été à son tour pris à parti et insulté devant le palais présidentiel par un partisan particulièrement agressif.


“Il est inadmissible et honteux qu’un édifice public, symbole de la république, soit ainsi devenu le théâtre d’attaques abjectes et systématiques contre les journalistes de la part du président Bolsonaro et de ses supporters, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine pour RSF. Les autorités doivent garantir les conditions de sécurité nécessaires pour que l’ensemble de la presse puisse participer à ces échanges avec le chef de l’Etat. Par ailleurs, RSF exprime sa solidarité avec les journalistes brésiliens dont le travail, en cette période de pandémie et dans un environnement de travail de plus en plus hostile, est plus que jamais vital.”


Dans la foulée de cette annonce de suspension, le président Bolsonaro a déclaré que les médias tentaient de “se victimiser”. Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, qui a fait du Brésil le pays le plus touché d’Amérique latine par la pandémie et son épicentre mondial actuel, le président Bolsonaro persiste dans le déni et préfère s’en prendre aux médias, ainsi que le montre le premier volet d’une série de publications trimestrielles dans laquelle RSF décrypte la stratégie mise en place par le président Bolsonaro pour décrédibiliser et vulnérabiliser les organes d'information, qu’il juge dérangeants,


Le Brésil occupe la 107e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.