Actualités

23 octobre 2018

Brésil: le quotidien Folha de São Paulo gravement attaqué après des révélations compromettantes sur le candidat Bolsonaro

Le journal Folha de São Paulo, l’un des principaux quotidiens du Brésil, est ciblé par de nombreuses attaques depuis la révélation, le 18 octobre, d’un scandale impliquant le candidat Jair Bolsonaro. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une grave entrave à la liberté d’informer et déplore le climat détestable dans lequel les journalistes brésiliens évoluent depuis le début de la campagne électorale.

Selon l’article publié ce 18 octobre par le quotidien Folha de São Paulo, Jair Bolsonaro aurait bénéficié de fonds privés illégaux pour financer des campagnes de désinformation et influencer l’électorat brésilien dans le cadre de la présidentielle 2018, via la plate-forme WhatsApp. Des envois massifs et automatisés de messages - principalement destinés à décrédibiliser et attaquer le PT (Parti des travailleurs) et son candidat Fernando Haddad - auraient été financés par des entreprises privées, dont l'implication dans les campagnes électorales est pourtant interdit au Brésil. Une enquête a été ouverte par le tribunal électoral brésilien (TSE) le 19 octobre.


L’entreprise WhatsApp, qui grâce à un outil de détection des spams a déjà supprimé des milliers de comptes suspectés de propager des fausses informations pendant la campagne, a de son côté annoncé avoir lancé une enquête interne et déclaré prendre “toutes les mesures légales nécessaires pour empêcher l’envoi massif de messages” sur sa plate-forme.


L’affaire, baptisée #Caixa2doBolsonaro, a eu de grandes répercussions dans le pays et provoqué l’ire du candidat et de ses partisans: “La Folha de São Paulo est la plus grosse fake news du Brésil, vous n’aurez plus la publicité officielle du gouvernement si je suis élu” (...) Presse vendue, mes condoléances”, a déclaré Jair Bolsonaro dans une vidéo envoyée à ses supporters, ce dimanche 22 octobre.


Patrícia Campos Mello, la reporter chevronnée de Folha de São Paulo qui a révélé l’affaire, a été violemment prise à partie, insultée et menacée sur les réseaux sociaux par les partisans de Bolsonaro, et contrainte de fermer l’accès public à son compte Twitter.


“Ces attaques du candidat Bolsonaro et de ses partisans contre le journal Folha de São Paulo sont inacceptables et indignes d’un parti qui prétend gouverner le pays, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de RSF. RSF apporte son soutien à Patrícia Campos Mello et à l’ensemble des journalistes brésiliens dont le travail, en cette période particulièrement mouvementée, est fondamental.”


Dans un communiqué diffusé le 18 octobre, RSF a dénoncé le climat de haine et les attaques récurrentes contre les journalistes et fact-checkers observés pendant la campagne électorale, et rappelé les dangers que représente l’élection de Jair Bolsonaro pour la démocratie et la liberté de la presse au Brésil.


Deux événements récents témoignent de cette extrême tension et des difficultés de couvrir la situation politique du pays. Ce 20 octobre, le syndicat des journalistes de São Paulo a dénoncé les pressions subies par de nombreux journalistes du conglomérat média Record, l’un des plus importants du pays détenu par le pasteur Edir Macedo, fondateur de l’Église universelle et ouvertement proche de Bolsonaro. Ces journalistes, subissent, selon le syndicat, des “pressions permanentes de leur direction pour que les informations favorisent le candidat Jair Bolsonaro et nuisent au candidat Fernando Haddad” .


Le 21 octobre, le Tribunal électoral de l’Etat de Rio de Janeiro a ordonné la saisie de milliers d’exemplaires d’une édition spéciale du journal Brasil de Fato sur les élections. Le juge à l’origine de la décision a déclaré que le journal avait ‘clairement pour objectif de faire de la propagande électorale en faveur du candidat Fernando Haddad (...) alors qu’il contient des éléments péjoratifs sur son adversaire Jair Bolsonaro”...


Le Brésil se place à la 102e position du Classement mondial de la liberté de la presse 2018 élaboré par Reporters sans frontières.