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16 janvier 2018 - Mis à jour le 12 juin 2018

Bangladesh : RSF demande la libération du blogueur Asad Noor, accusé de blasphème

Asad Noor (gauche) fait l'objet d'appels aux meurtres de la part de militants du groupe Hefazat-e-Islam (photos : Asad Noor - STR / AFP).
Un blogueur bangladais de 25 ans est sous les verrous depuis trois semaines pour avoir publié des articles jugés critiques envers l’islam. Alors que son avocat doit plaider aujourd’hui pour obtenir sa libération sous caution, Reporters sans frontières (RSF) appuie cette démarche et demande l’abandon des charges qui pèsent contre lui, ainsi que des mesures de protection.

L’avocat d’Asaduzzaman Noor, plus connu sous le nom d’Asad Noor sur les réseaux sociaux, doit demander aujourd’hui mardi la libération sous caution de son client. Arrêté le 25 décembre dernier, le jeune blogueur est accusé d’avoir “heurté les sentiments religieux en se moquant du Prophète Mahomet et [d’avoir] publié des commentaires négatifs contre l’islam, le prophète et le Coran sur Facebook et sur Youtube”, pour reprendre les termes de la police. Poursuivi en vertu de l’article 57 de la loi sur les Technologies de l’information et des communications (TIC), il risque jusqu’à 14 ans de prison.


“RSF demande l’abandon des charges qui pèsent contre Asad, parce que son seul crime a été d’exposer des points de vue laïcs, analyse Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. L’article de loi sur lequel pèse son accusation est depuis trop longtemps utilisé par les groupes religieux extrémistes pour museler toute voix indépendante. Compte tenu des appels au meurtre lancés contre lui, le blogueur devra bénéficier de mesures de protection concrètes de la part des autorités.”


Persécuté par plusieurs groupes islamistes radicaux, et craignant pour sa vie, Asad Noor vit depuis plus d’un an caché entre l’Inde et la Bangladesh. Le 11 janvier 2017, une plainte a été déposée contre lui par un leader religieux au titre qu’il auraient “heurté des croyances religieuses”, pour reprendre les termes exacts de l’article 57 de la loi sur les TIC.


Des groupes islamistes du pays, dont le principal, le Hefazat-e-Islam, ont appelé à ce qu’il soit condamné à la peine de mort, sans quoi, ont-ils prédit, “le chaos s’abattrait sur le Bangladesh”. Son visa indien étant arrivé à expiration, Asad Noor est passé le 25 décembre par l’aéroport de Dacca pour tenter de se réfugier au Népal. C’est là qu’il a été arrêté par la police des frontières, puis jeté en prison.


Avec l’amendement à la loi sur les TIC, en 2013, la police a commencé à arrêter des journalistes-citoyens au motif qu’ils heurtaient les sentiments religieux. En deux jours, quatre blogueurs ont été arrêtés pour des propos jugés blasphématoires. En parallèle, au moins 30 journalistes ou blogueurs ont été attaqués pour avoir critiqué le fondamentalisme islamique. A la suite d’appels aux meurtres lancés par les groupes extrémistes, huit d’entre eux ont trouvé la mort entre février 2015 et avril 2016, comme Niloy Neel, assassiné à coups de machettes. Dans la plupart des cas, les enquêtes n’ont mené à aucune condamnation.


Le Bangladesh occupe la 146ème place sur 180 dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2017 établi par RSF.