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11 juillet 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Accusé d'être un "hacker", le journaliste Barrett Brown risque 105 ans de prison


Reporters sans frontières est alarmée par les charges qui pèsent actuellement sur le journaliste d’investigation américain Barrett Brown, collaborateur de The Guardian et Vanity Fair. Avant son arrestation en septembre 2012, Brown, 31 ans, enquêtait sur les contenus de plus de cinq millions de mails devenus accessibles suite au piratage des sites internet et serveurs de la société de renseignement privée Stratfor. Ces mails ont été finalement publiés par WikiLeaks. Brown est détenu dans un établissement fédéral, sous le coup d’accusations pouvant entraîner au total une condamnation de 105 ans de prison. Son procès doit s’ouvrir en septembre prochain.

Barrett Brown n’est pas un criminel, pas même un délinquant, a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. Il n’a infiltré aucun système, et ne paraît pas avoir l’expertise technique pour le faire. Barrett est un journaliste d’investigation qui a simplement rempli son devoir professionnel en enquêtant sur une affaire d’intérêt public. La peine de 105 ans de prison qu’il encourt est absurde et dangereuse, sachant que Jeremy Hammond, qui a plaidé coupable pour avoir piraté les données de Stratfor, risque au maximum dix ans de prison. Menacer un journaliste d’une peine aussi lourde constitue une véritable prime à l’autocensure pour tous ceux qui font profession d’enquêter.

Le piratage des données de Stratfor avait permis de révéler les liens troubles entre services de renseignements gouvernementaux et officines de sécurité privées. Les mails “incluaient des discussions sur des opportunités d’enlèvements et d’assassinats”, selon l’hebdomadaire américain The Nation. Le vice-président de Stratfor, Fred Burton, suggérait même dans un message de “tirer avantage du chaos régnant en Libye pour enlever l’auteur de l’attentat de Lockerbie, Abdekbaset al-Megrahi, libéré de prison pour des motifs humanitaires puisqu’il souffre d’une maladie en phase terminale”.

Les contenus de Stratfor devenus disponibles en ligne, Barrett Brown a décidé de passer en revue les mails piratés et de les partager avec ses collaborateurs sur le ProjectPM, une base de données dont il est l’un des initiateurs consacrée notamment aux partenariats public/privé en matière de renseignement et aux affaires de surveillance en ligne. Le jeune journaliste a posté sur cette plateforme une adresse URL, déjà disponible en ligne dans une fenêtre de discussion. Le lien en question renvoyait vers un document listant des numéros de cartes de crédit et leurs codes d’authentification volés à Stratfor ainsi que plus de cinq millions de mails internes.

Arrêté le 12 septembre 2012 par le FBI, alors qu’il participait à une discussion en ligne sur le site Tinychat, Barrett Brown s’est vu refuser la liberté sous caution et a été détenu sans charge ni traitement médical approprié pendant plus de deux semaines. Le 3 octobre 2012, les charges de “menaces”, “conspiration” et “vengeance” contre un fonctionnaire fédéral (cette dernière pour avoir menacé un agent du FBI dans une vidéo publiée sur YouTube), ont été retenues contre lui par un grand jury. Douze autres chefs d’inculpation relatifs au piratage de Statfor ont ensuite été retenus contre le prévenu, le 14 décembre 2012. En janvier dernier enfin, une nouvelle accusation a été portée contre lui sur le fondement de deux charges d’obstruction pour “dissimulation de preuve” lors d’une perquisition menée par le FBI à son domicile et celui de sa mère, le 6 mars 2012.

Barrett Brown était déjà dans le collimateur du gouvernement pour avoir contribué à mettre au jour le projet “Team Themis”, destiné à ruiner financièrement le collectif de hackers Anonymous et à faire taire les journalistes acquis à leur cause. Ce projet associait, lui aussi, des entreprises privées sous contrat avec l’administration fédérale. Plusieurs représentants démocrates avaient sollicité la mise en place d’une commission d’enquête sur cette affaire. Le cas de Barrett Brown alourdit encore le climat inquiétant qui pèse sur la liberté de l’information aux États-Unis.

Pour plus d’informations: http://freebarrettbrown.org/