Syrie : de plus en plus de restrictions pour les journalistes en zone kurde

Depuis plusieurs mois, les autorités kurdes dans le nord et l’est de la Syrie imposent davantage de contraintes aux journalistes pour exercer leur métier. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des mesures destinées à renforcer le contrôle de l’information par le pouvoir en place.

“Adhésion forcée à un syndicat gouvernemental, frais d’inscription en hausse, refus d’accréditation… autant d’obstacles qui rendent toujours plus difficile le travail des journalistes indépendants, déclare la responsable du bureau Moyen-Orient de RSF, Sabrina Bennoui. Ces mesures injustifiées ont pour seul but de limiter l’autonomie des journalistes et le pluralisme des médias en contrôlant en amont les autorisations d’exercer.

Depuis le mois de mars, RSF observe une dégradation des conditions de travail des journalistes au sein de l’Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie (AANES), contrôlée par les Kurdes. Le département des médias impose désormais aux journalistes d’être membres de l’Union des médias libres, syndicat proche des autorités, pour obtenir une carte de presse. Et ce, en contradiction avec la loi locale. Cette instance affirme par ailleurs que la nouvelle réglementationsoutiendra et favorisera l'amélioration des normes journalistiques”.

Pourtant, selon des témoignages recueillis par RSF, tout un système de corruption informelle s’est développé : versement d’une somme de 25 000 livres syriennes pour adhérer à l’Union (7 dollars) et 15 000 livres syriennes (4 dollars) pour renouveler son accréditation. Sans autorisation formelle, les journalistes se retrouvent dans l’impossibilité d’exercer et leur dossier reste bloqué, soumis au bon vouloir du bureau des médias. “Après plusieurs mois d’attente, je me suis entretenu avec l’un des responsables de l’Union qui m’a clairement dit qu’il fallait que j’obtienne ma carte d’adhésion à l’Union des médias libres, déclare un reporter qui souhaite garder l’anonymat. Cela fait plus d’un an que j’essaie de couvrir les bombardements turcs dans les régions de Hassaké, Zerghan, Tel Tamer et toujours aucune demande d’accréditation n’a été approuvée”. 

Pour justifier son statut de journaliste, il faut également prouver avoir publié au moins dix articles, même en tant que photojournaliste. Jusque là, la copie du contrat de travail suffisait. À cela s’ajoute la mise en relation de fixeurs directement agréés par les autorités pour collaborer avec les médias étrangers. Ils versent une commission sur leur salaire en échange, a appris RSF de sources concordantes.

Le durcissement des critères d’accréditation associé aux obstacles quotidiens a créé un climat de défiance : “J’ai pris mes distances avec le milieu journalistique, je ne veux plus en entendre parler”, confie un journaliste sous couvert d’anonymat. 

En février dernier, les autorités de la région ont décidé de suspendre la chaîne Rudaw, chaîne kurde irakienne. La chaîne Kurdistan 24, kurde irakienne aussi, est toujours fermée depuis juin 2021, sur décision du pouvoir. 

 

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Publié le 29.06.2022