Serbie : après avoir été visé par une attaque au cocktail molotov, le journaliste Milan Jovanovic est désormais la victime de l’incapacité de l’État à rendre justice

La Cour d’appel de Belgrade a annulé la condamnation en première instance des personnes accusées de la mise à feu de la maison de Milan Jovanovic en 2018. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à organiser le nouveau procès en urgence et à renouveler la protection du journaliste d’investigation.

Le verdict pour l’attaque au cocktail molotov contre la maison du journaliste Milan Jovanovic a été annulé par la Cour d’appel de Belgrade lors du réveillon de Noël après les heures de travail habituelles du tribunal. Cette décision – prise au mois de novembre dernier, selon le président d’une instance consultative sur la sécurité des journalistes, Veran Matic – ordonne un nouveau procès de l’instigateur et des deux auteurs présumés de l’attaque de 2018 sur des bases procédurales. Selon la Cour d’appel de Belgrade, le tribunal de première instance n’aurait pas suffisamment justifié son verdict.


Le président serbe Aleksandar Vucic a personnellement promis que la justice serait rendue pour cette attaque qui avait été commanditée – selon l’accusation – par un haut responsable de son parti SNS et l’ancien maire d’une banlieue de Belgrade, Dragoljub Simonovic, suite aux articles de Milan Jovanovic sur sa gestion financière de la municipalité. Mais les autorités serbes multiplient des manœuvres douteuses qui mettent en question leur réelle volonté de punir les responsables. D’abord, en avril 2021, le procureur général en charge a été dessaisi de l’affaire contre sa propre volonté et celle de la victime. Ensuite, en août dernier, la protection policière de Milan Jovanovic a été retirée. Les deux décisions ont été rendues sans explication. 


“Après avoir été ciblé par une attaque, le journaliste Milan Jovanovic est désormais la victime de l’incapacité de l’Etat de rendre justice, déclare le responsable du bureau UE/Balkans de RSF, Pavol Szalai. “Les autorités doivent en urgence lancer le nouveau procès et renouveler la protection de police du journaliste. De surcroît, nous demandons au gouvernement d’aider Milan Jovanovic matériellement, alors que la procédure pénale se prolonge.”


En effet, Milan Jovanovic ne peut pas obtenir des dommages et intérêts qui l’aideraient à reconstruire sa maison détruite par l’incendie pour cause d’absence de verdict final. Alors que ce rédacteur-en-chef septuagénaire du site local Zig Info peine à retrouver des conditions de vie dignes, il continue à être intimidé. Après l’attaque, le journaliste et son épouse ont été victimes d'une intrusion non élucidée dans le logement de remplacement fourni par les autorités. Et au cours de la procédure pénale, ils ont subi un interrogatoire humiliant conduit par les avocats de Dragoljub Simonovic qui s’est senti, en plus, suffisamment confiant pour menacer le procureur en lui affirmant qu’il serait démis de ses fonctions.


RSF alertera les institutions de l’Union européenne, que la Serbie souhaite intégrer, de l’incapacité de l’État serbe à défendre la liberté de la presse dans cette affaire désormais emblématique de l’impunité des crimes commis contre les journalistes dans les Balkans occidentaux. 


La Serbie se situe à la 93e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

Publié le 28.12.2021
Mise à jour le 28.12.2021