Russie : prison ferme pour un article journalistique sur l’invasion de l’Ukraine

La justice russe a condamné le journaliste sibérien Mikhaïl Afanassiev à cinq ans et demi d’emprisonnement pour avoir montré le vrai visage de la guerre en Ukraine. Reporters sans frontières (RSF) appelle la communauté internationale à soutenir le journalisme russe indépendant.

Il paie le prix fort pour avoir bravé la censure de guerre. Ce jeudi 7 septembre 2023, le journaliste Mikhaïl Afanassiev a écopé de cinq ans et demi de prison par le tribunal d’Abakan en Sibérie. Le rédacteur en chef du journal en ligne local Novy Fokus est l’un des premiers journalistes condamnés à de la prison ferme pour la diffusion de “fausses informations” sur l’armée russe (article 207.3.2 du Code pénal). Arrêté le 13 avril 2022 pour un article relatant le refus de 11 membres des forces anti-émeutes de Khakassie d’aller combattre en Ukraine, il a déjà passé 17 mois derrière les barreaux en détention provisoire.

À des milliers de kilomètres de Kherson ou de Bakhmout, la guerre de l’information russe fait une nouvelle victime. Mikhaïl Afanassiev paie de sa liberté sa tentative d’informer ses compatriotes sur la réalité de la guerre sanglante menée par le régime de Poutine en Ukraine. C’est désormais le prix de la vérité en Russie. RSF dénonce cette censure systémique et demande à la communauté internationale d’agir pour garantir la survie d’un journalisme russe indépendant.

Jeanne Cavelier
Responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF

Ce journaliste d’investigation expérimenté de la région de Khakassie, au cœur de la Sibérie, est deux fois lauréat du prix Sakharov pour les journalistes. Mais ses publications ont aussi déclenché l’ire des puissants. Victime de menaces de mort et de tous types de pressions au cours de ses 26 années de carrière, il avait au compteur, en 2012, pas moins de 13 procès en diffamation, tous remportés. Aujourd’hui, face à une justice subordonnée au pouvoir, Mikhaïl Afanassiev n’a pas réussi à échapper à la prison ferme. Une peine alourdie d’une interdiction d'exercer le journalisme pendant deux ans et demi après sa libération.

Le niveau de censure subi par la presse russe est inédit depuis la fin de l’URSS. Au lendemain de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, Mikhaïl Afanassiev était l’un des derniers journalistes indépendants à couvrir la guerre depuis le territoire russe, malgré le lourd rideau de silence et de terreur instauré par les lois liberticides du 4 mars 2022. Parmi eux figurait également Sergueï Mikhailov, arrêté le même jour et pour les mêmes raisons que Mikhaïl Afanassiev. Rédacteur en chef d’un autre journal sibérien, Listok, il risque lui aussi une lourde peine qui pourrait aller jusqu’à 15 ans de prison. Malgré les menaces croissantes, les journalistes de Listok avaient continué à publier sur des sujets proscrits par le régulateur des médias, comme le massacre de Boutcha par l’armée russe.

Les journalistes ne sont pas les seules victimes de ce harcèlement judiciaire. Tout citoyen relayant du contenu ou exprimant une position en désaccord avec la propagande officielle peut faire l’objet de poursuites. D’après le média et groupe de défense des droits de l’homme en Russie OVD-Info, près de 20 000 personnes ont été arrêtées pour des positions anti-guerre depuis le début du conflit.

Devenue un désert de l’information avec une censure implacable, la Russie s’enfonce dans les tréfonds du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF et occupe désormais la 164ᵉ place sur 180.

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