RSF au président Adama Barrow : “Nous sommes prêts à aider la Gambie à aller plus loin pour favoriser le journalisme”

Une délégation de Reporters sans frontières (RSF) emmenée par son secrétaire général Christophe Deloire a rencontré lundi 28 novembre 2022, le président gambien Adama Barrow, dans son village natal de Mankamang Kunda. Après une amélioration de la situation sans équivalent, le pays doit encore fournir des efforts pour favoriser la liberté de la presse et le journalisme de qualité.

La rencontre a eu lieu dans la maison du président gambien, Adama Barrow, dans son village de Mankamang Kunda, à l’est du pays, à plus de 300 kilomètres de la capitale Banjul et de l’océan Atlantique. Un entretien d’une heure qui s’est déroulé en présence du ministre de l’Information, Lamin Queen Jammeh, et côté Reporters sans frontières (RSF), du secrétaire général, Christophe Deloire, du directeur du bureau Afrique, basé à Dakar, Sadibou Marong, et du “doyen” de la presse gambienne, Pap Saine, correspondant de RSF en Gambie depuis l’assassinat du précédent correspondant, Deyda Hydara, en décembre 2004. 

La délégation de RSF a salué les progrès sans équivalent de la Gambie au Classement mondial de la liberté de la presse en 2022. Depuis la chute du dictateur Yahya Jammeh, et la prise du pouvoir d’Adama Barrow, le pays est passé de la 143e place à la 50e place au niveau mondial, la 8e en Afrique. Dans ce pays, où trois journalistes ont été tués et de nombreux autres ont été faits prisonniers ou contraints à l’exil durant la répression du régime de Yahya Jammeh, les journalistes ont acquis une liberté inédite.

Points à améliorer

Néanmoins, les points d’amélioration demeurent nombreux. La nouvelle Constitution n’ayant pas été adoptée, les garanties constitutionnelles prévues ne sont pas entrées en vigueur. Les “lois draconiennes”, qui prévoient par exemple les peines privatives de liberté pour les auteurs du crime (vague) de “sédition”, n’ont pas été abrogées. La loi de 2021 sur l’accès à l’information, positive en soi, n’est pas encore mise en œuvre. Sur le plan matériel, les publicités publiques sont payées avec des retards qui fragilisent l’économie des médias.

Au-delà de ses recommandations de mettre en place toutes ces réformes, RSF a demandé que tout soit mis en œuvre pour que soient jugés les commanditaires et les auteurs des meurtres des trois journalistes. Alors que le chauffeur du commando qui a abattu Deyda Hydara est actuellement jugé en Allemagne, les tireurs ont retrouvé la liberté en Gambie. Quant à Yahya Jammeh, il est actuellement réfugié en Guinée Équatoriale. “Obtenir son extradition vers la Gambie ou un pays tiers pour qu’il soit jugé est impératif pour envoyer un signal fort”, a déclaré Christophe Deloire.

Au président Barrow, qui regrettait le “manque de professionnalisme” et les “biais négatifs” des journalistes à son égard, et qui invoquait un besoin d’“arbitrage”, RSF a formulé une proposition sur le fondement des principes de la liberté d’expression et du journalisme : articuler liberté de la presse d’une part, et éthique et méthodologie journalistique d’autre part. Autrement dit, avancer en même temps, et dès maintenant, pour une meilleure mise en œuvre des droits et des devoirs des journalistes. RSF pourrait aider la Gambie à favoriser le journalisme de qualité, libre, indépendant et fiable, notamment au travers de la Journalism Trust Initiative (JTI), une solution d’autorégulation développée à l’échelle internationale.

Le secrétaire général de RSF, également président du Forum sur l’information et la démocratie, a appelé la Gambie à rejoindre le Partenariat sur l’information et la démocratie, un partenariat intergouvernemental initié par RSF qui rassemble désormais 50 États. Après les États-Unis et l’Uruguay en septembre, l’Albanie et le Niger en novembre, la Gambie est  invitée à se joindre à cette coalition d’États qui entendent construire des garanties démocratiques dans l’espace numérique.

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