RSF appelle à la remise en liberté du rédacteur en chef et du directeur d’Eleven Media

Reporters sans frontières (RSF) appelle la justice birmane à abandonner les poursuites à l’encontre de Than Htut Aung et Wai Phyo, respectivement directeur et rédacteur en chef d’Eleven Media. Tous deux ont été arrêtés le 10 novembre après la publication d’un éditorial dénonçant des faits de corruption impliquant le président de la région de Rangoun Phyo Min Thein.

Lors d’une conférence de presse le 9 novembre dernier, le ministre en chef avait annoncé son intention de déposer plainte pour diffamation contre les deux journalistes en vertu de l’article 66 (d) de la loi sur les télécommunications. En cause, un éditorial publié dans le quotidien du groupe Eleven Daily et sur le compte personnel Facebook de Than Htut Aung, accusant le Premier ministre d’avoir reçu en cadeau une montre Philippe Patek d’une valeur de 100 000 dollars de la part d’un homme d’affaires récemment sorti de prison et qui aurait remporté un appel d’offre lancé par la région pour un projet de construction. Après avoir refusé de répondre à une convocation par la police le 10 novembre dernier, Than Htut Aung et Wai Phyo ont été arrêtés, le lendemain, et placés en détention dans la prison d’Insein jusqu’à leur comparution devant une Cour de Rangoun, le 25 novembre prochain.


La loi sur les télécommunications criminalise les délits de presse et constitue donc une réponse disproportionnée dans le cadre d’une affaire en diffamation, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. S’il est acceptable que le ministre en chef de la région de Rangoun cherche à se défendre de ces allégations, il est en revanche inconcevable que des journalistes soient détenus plusieurs semaines en raison de leurs publications tout comme il est très préjudiciable de faire peser sur eux des peines de prison ferme. Cette affaire ne fait renforcer l’autocensure déjà très répandue dans la presse.


Cette poursuite en justice est la première lancée par un haut fonctionnaire de la LND en vertu de la loi sur les télécommunications. Une plainte a également été déposée au Conseil National de la presse, qui se voit dessaisi de l’affaire en raison de la plainte déposée auprès de la justice. Le 13 novembre dernier, les représentant des associations de journalistes et le réseau des avocats spécialisés sur la question des médias ont publié un communiqué de presse joint dans lequel ils demandent que le Conseil national de la presse puisse jouer son rôle de médiateur.


Si des plaintes ont déjà été déposées contre des personnes accusés d’avoir publié des messages diffamatoires à l’encontre d’Aung San Suu Kyi ou du président birman Hint Kyaw, aucune émanait directement d’un dirigeant du parti au pouvoir.


Avant d’être obsédés par la question de l’éthique journalistique, les autorités devraient au préalable créer un climat favorable pour la liberté d’expression et d’information. Nous demandons l’abrogation immédiate de cette loi répressive, vestige d’un régime qui n’a plus sa place dans la Birmanie d’aujourd’hui, et le renforcement du rôle de médiateur du Conseil national de la presse dans ce genre d’affaires”, ajoute Benjamin Ismaïl.


Bien qu’elle ait enregistré des progrès significatifs entre 2011 et 2014, la situation de la liberté de la presse en Birmanie demeure préoccupante. Le pays figure au 143ème rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2016.

Publié le 23.11.2016
Mise à jour le 23.11.2016