Royaume-Uni : un citoyen britannique reconnu coupable de complot pour meurtre d’un blogueur pakistanais en exil

Reporters sans frontières (RSF) salue la décision d’un jury selon laquelle un citoyen britannique a été jugé coupable de complot pour meurtre d’un blogueur pakistanais vivant en exil. Ce verdict pourrait créer un précédent permettant de lutter contre l’impunité qui entoure, trop souvent encore, les menaces transnationales envers les journalistes.

Au terme d’un procès de deux semaines à la cour d’assises de Kingston-upon-Thames, au Royaume-Uni, dont deux jours de délibération du jury, Muhammad Gohir Khan, un citoyen britannique d’origine pakistanaise, a été déclaré coupable, le 28 janvier, de complot pour meurtre contre Ahmad Waqass Goraya, un blogueur pakistanais vivant en exil aux Pays-Bas. A la suite de son arrestation, en juin 2021, M. Khan avait plaidé « non coupable » et déclaré qu’il n’avait jamais eu l’intention de tuer son compatriote. Il risque la prison à vie et comparaîtra de nouveau devant le tribunal le 11 mars pour recevoir la sentence.

 

 

« Nous nous félicitons de la décision du jury dans cette affaire. Elle constitue une étape rare dans l’établissement de la responsabilité pénale vis-à-vis des crimes transnationaux contre les journalistes, déclare la directrice des campagnes internationales et du bureau du Royaume-Uni de RSF, Rebecca Vincent. Trop souvent, les journalistes exilés vivent dans la peur des constantes menaces provenant du pays qu’ils ont fui. Nous sommes très soulagés pour Ahmad Waqass Goraya et sa famille de savoir que ce complot a été déjoué, qu’ils sont en sécurité et que le tueur en puissance sera emprisonné. Il est plus que temps de lever l’impunité pour ces atroces menaces. »

 

 

Des représentants de RSF ont assisté au procès, sur place et à distance. Muhammad Gohir Khan, recruté comme homme de main par un intermédiaire surnommé MudZ qui serait basé au Pakistan, a réfuté avoir eu l’intention de tuer Ahmad Goraya. Selon ses avocats, il aurait extorqué de l’argent à MudZ en lui faisant croire qu’il exécuterait le contrat. Gohir Khan a créé de multiples fausses identités pour faire croire à une équipe, ce qui lui a permis de réclamer, et de percevoir, 5 000 £ (environ 6 000 euros) pour couvrir ses frais. Sur la somme totale de 100 000 £ (120 000 € environ) convenue pour le meurtre, Gohir Khan devait recevoir 80 000 £ (96 000 € environ) et MudZ, 20 000 £ (24 000 € environ) une fois Ahmad Goraya éliminé. Ils avaient également évoqué, en cas de succès de l’opération, la possibilité d’accepter d’autres contrats ensemble.

 

 

Selon l’accusation, menée par Alison Morgan, Gohir Khan – qu’elle qualifiait de « menteur invétéré » - avait bien l’intention de tuer Ahmed Goraya. L’homme de main s’était rendu à Rotterdam en juin 2021, où vivait le blogueur à l’époque, et des enregistrements de vidéosurveillance le montrent en train d’acheter un couteau et d’observer la rue et l’extérieur du domicile de sa cible. Parmi les éléments incriminants extraits du téléphone de M. Khan et présentés au procès se trouvent de vidéos de la rue où vivait Ahmed Goraya et de nombreux messages échangés avec MudZ, où des termes relatifs à la pêche servaient de code pour parler du meurtre. Gohir Khan a été arrêté à son retour au Royaume-Uni.

 

 

Par le passé, RSF a exprimé ses inquiétudes quant à la sécurité d'Ahmed Goraya. En 2017, celui-ci avait été enlevé et torturé lors d’un séjour au Pakistan, et il a été agressé devant chez lui, à Rotterdam, en 2020. En 2018, il avait été averti par le FBI qu’il figurait sur plusieurs « listes noires » de personnes à assassiner, et il avait reçu de nombreuses menaces, à la fois en personne et en ligne. Le blogueur avait confié à RSF que l’attaque « correspondait au modus operandi d’agences d’espionnage pakistanaises ».

 

 

Le Royaume-Uni et le Pakistan figurent respectivement à la 33e et 145e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021.

 

Publié le 28.01.2022
Mise à jour le 11.03.2022