RDC : plusieurs médias proches de l'opposition toujours fermés à la veille de l’élection présidentielle

Dans un communiqué conjoint, Reporters sans frontières (RSF) et son organisation partenaire Journaliste en danger (JED) déplorent une atteinte au pluralisme des médias alors que cinq organes de presse proches de l’opposition restent fermés en violation de l’accord politique signé pour aller à l’élection présidentielle reportée le 30 décembre en République démocratique du Congo (RDC).

Cinq médias proches de l’opposition au président Joseph Kabila sont toujours muets malgré l’accord politique dit de la Saint-Sylvestre adopté le 31 décembre 2016 prévoyant leur réouverture avant la tenue de l’élection présidentielle initialement programmée le 23 décembre et reportée au 30 décembre par la commission électorale nationale indépendante (Ceni).


La Radio télévision Lubumbashi JUA (RTLJ) appartenant à l’ancien collaborateur de Joseph Kabila désormais en prison, Jean Claude Muyambo, avait été interdite d’émettre en 2014 pour “non-respect des dispositions légales de diffusion des entreprises privées du secteur audiovisuel” et “incitation à la haine et à l’insurrection”. Dans le Nord-Kivu, la radio Espoir appartenant à un député proche de Vital Kamehre, le directeur de campagne d’un candidat de l’opposition Félix Tshisekedi, est fermée depuis le mois d’avril 2015.  Au Katanga, alors que l’ancien gouverneur de la province et opposant en exil Moïse Katumbi a été empêché de rentrer au pays pour y déposer sa candidature, deux des médias lui appartenant Nyota TV et Radio Television Mapendo, sont restés fermés tout comme La Voix du Katanga, une radio appartenant à l’un de ses proches.  


“Seule une poignée de médias proches de l’opposition ont récemment été autorisés à reprendre leurs activités, regrette Tshivis Tshivuadi, Secrétaire général de JED. Il s’agit, notamment de la Radio Liberté Lisala, la Radio Mwana Mboka et la Radio Iriba FM. En dépit de ces ouvertures timides, JED s’inquiète des tentatives affichées de contrôler les médias en ligne à travers une nouvelle réglementation les obligeant à s’enregistrer. JED s’inquiète également des rumeurs persistantes concernant une possible coupure de l’Internet et des réseaux sociaux le jour des élections”.


“A l’approche d’une élection présidentielle attendue depuis deux ans, le maintien de ces fermetures a porté atteinte au pluralisme médiatique et au débat d’idées pendant la campagne électorale, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Cela témoigne aussi du climat de défiance qui existe à l’égard d’une presse libre, indépendante et plurielle en RDC.”


Le ministre de la Communication et des Médias avait pourtant annoncé au cours d’une conférence de presse tenue le 2 janvier 2017 que “tous les médias dits de l’opposition fermés seront ouverts d’ici à deux semaines » conformément aux mesures de décrispation prévues par l’accord de la Saint-Sylvestre adopté deux jours plus tôt. En juin et octobre dernier, JED et RSF avaient publiquement dénoncé cet engagement non tenu alors que se profilait le début de la campagne électorale pour l’élection présidentielle.


La RDC reste le pays où RSF enregistre le plus d’atteintes à la liberté de la presse en Afrique subsaharienne. En 2018, notre organisation a comptabilisé jusqu’au 19 décembre 96 exactions et 5 suspensions ou fermetures arbitraires de médias depuis le début de l’année.


Le pays occupe la 154e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.

Publié le 26.12.2018
Mise à jour le 26.12.2018