Nouvelle campagne d’appels au meurtre contre des journalistes indiens

Un journaliste célèbre pour son indépendance d’esprit est victime depuis un mois d’une campagne de harcèlement particulièrement violente. Ce phénomène, entretenu par des trolls proches de la droite nationaliste hindoue, s’est gravement intensifié ces dernières semaines, et ce à un an des élections générales.

La peur fait désormais partie intégrante de la pratique du journalisme indépendant en Inde. C’est ce que semblent indiquer les récentes déclarations de Ravish Kumar, un journaliste de NDTV célèbre pour son indocilité face au pouvoir politique. Il a révélé, vendredi 24 mai, que la fréquence des menaces de mort qu’il reçoit régulièrement sur son téléphone depuis 2015 a connu une augmentation significative en nombre et en agressivité durant le mois qui vient de s’écouler.


“Tout est très organisé et c’est politiquement orienté”, a-t-il déclaré à The Hindu. Le journaliste a notamment reçu un message vidéo d’un ancien militaire jurant de l’abattre dans sa rédaction. Un autre message, envoyé par un militant du Bajrang Dal, une organisation de jeunesse de la droite nationaliste hindoue, décrit dans les détails le domicile du journaliste et ses trajets quotidiens, menaçant de le tuer et de violer les femmes de sa famille. Les nombreuses plaintes que Ravish Kumar a déposées auprès des police de Ghaziabad et du Grand-Kailash, en périphérie de New Delhi, n’ont abouti à rien.


“Tout doit être mis en place pour assurer la protection de Ravish Kumar, prévient Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières (RSF). Il est aussi grand temps que le gouvernement indien prennent des mesures concrètes pour que cessent ces vagues de menaces contre les journalistes qui osent questionner les autorités. Ces insidieuses méthodes d’intimidation en masse entretiennent un climat d’autocensure délétère qui mine les fondements de la démocratie indienne. En appuyant ces phénomènes, le parti au pouvoir porte une lourde responsabilité dans la dégradation de la liberté de la presse dans le pays.”


“République de la peur”


Le début de cette vague de menaces contre Ravish Kumar coïncide clairement avec la publication d’un ouvrage, La voix libre (The Free Voice), dans lequel il décrit l’état très préoccupant de la presse indienne depuis l’arrivée de Narendra Modi au pouvoir. Depuis 2014, cette “nouvelle Inde”, explique-t-il, est devenu une “République de la peur”, notamment entretenue par la “cellule TIC” du parti au pouvoir et de son armée de trolls. Pour ces “sbires” du BJP, comme il les appelle, toute enquête indépendante sur le gouvernement revient à être anti-Modi, anti-hindu et anti-national, et doit se traduire par des appels au meurtre.


C’est exactement ce qui est arrivé à la journaliste Rana Ayyub, victime le mois dernier d’une campagne de harcèlement sans précédent. Après que RSF a saisi le Rapporteur spécial des Nations unies contre les exécutions extrajudiciaires, cinq experts de l’ONU ont publié la semaine dernière un communiqué appelant les autorités indiennes à assurer la protection de la journaliste. A ce jour, rien n’a été fait dans ce sens, ce pourquoi RSF a envoyé aujourd’hui, mercredi 30 mai, un courrier au Premier ministre indien lui demandant d’agir en conséquence et de tout faire pour retrouver qui est derrière ce harcèlement de masse.


Cauchemar


Tout type de journaliste peut désormais être visé par des campagnes de haine et de menaces de mort. En Inde du sud, le quotidien de la spécialiste de cinéma Aparna Prasanthi est devenu un cauchemar après qu’elle a publié une mauvaise critique d’un film sorti début mai, Naa Peru Surya, Naa Illu India, dont le scénario exalte les sentiments nationalistes. Dans la foulée de son article, son compte Facebook a été inondé d’appels au viol et au meurtre.


En chute de deux places dans le classement mondial de la liberté de la presse 2018 que RSF a récemment publié, l’Inde se situe désormais en 138e position sur 180 pays.

Publié le 30.05.2018
Mise à jour le 30.05.2018