Meurtres de journalistes impunis

Le Centre cambodgien pour les médias indépendants (CCIM) et Reporters sans frontières expriment leur profonde inquiétude face au climat d'intimidation et de violence auquel sont confrontés les journalistes. Ce climat est notamment responsable de la croissante autocensure des médias. Un an après l'assassinat du journaliste Hang Serei Oudom, l'incapacité à traduire les coupables en justice démontre que les attaques contre les journalistes restent impunies. Assurer aux médias professionnels un environnement de travail dénué de toute menace de violence est nécessaire pour la mise en place du droit à la liberté d'opinion et d'expression. Il est du devoir du Gouvernement Royal du Cambodge et de la société de créer et maintenir les conditions essentielles pour que tous les citoyens puissent jouir de ces droits humains fondamentaux. «Nous appelons le gouvernement à immédiatement rouvrir l’enquête afin que les coupables soient retrouvés et jugés. Le conseil supérieur de la magistrature et le procureur général de la Cour d'Appel doivent intervenir afin de faire toute la lumière sur cette affaire pour la victime et sa famille. Il s'agit de mettre un terme à cette spirale d'impunité qui conduit à un travestissement de la justice. Une commission d’enquête indépendante doit être mise en place pour identifier formellement les auteurs de ces crimes odieux et les juger » déclarent le CCIM et Reporters sans frontières. Hang Serei Oudom, journaliste au sein du Vorakchun Khmer a disparu le 9 septembre 2012. Son corps mutilé a été retrouvé dans le coffre de sa voiture dans la province de Ratanakiri deux jours plus tard. Heng Serei Oudom était l'auteur d'un certain nombre d'écrits dévoilant l'implication de certains membres du gouvernement et de la police militaire dans des activités d'exploitations forestières illégales. Le 15 septembre 2012, un officier de police militaire, An Bunheng et sa femme Srim Srey Vy ont été arrêtés par la police de Ratanakiri pour le meurtre du journaliste, puis relâchés le 28 août 2013 faute de preuves. Enquêtant sur le meurtre et la procédure engagée contre les deux personnes inculpées pour ce crime, l'organisation locale des droits de l'homme, ADHOC, avait décelé un certain nombre de zones d'ombres. L'organisation dénonçait notamment la perte ou mise à l'écart de preuves cruciales au cours de l'enquête préliminaire et du procès, la négligence d'enregistrements téléphoniques pourtant importants, enfin, des interrogations persistantes quant à l'autopsie de la victime. La remise en liberté des suspects a permis d'éviter l'implication de certaines personnalités importantes dans l'affaire. « Le gouvernement ne parvient pas à garantir le droit des citoyens à l'accès à une information fiable, et le droit des journalistes à fournir cette information sans craindre pour leur sécurité. L'échec à traduire les coupables de ce crime devant la justice alimente la spirale de violence à l'encontre des médias, des employés du CCIM et des citoyens reporters » a déclaré le directeur exécutif du CCIM Pa Ngoun Teang. « Le système judiciaire échoue à protéger les acteurs de l'information qui risquent leur vie afin de dénoncer la corruption et autres activités illégales qui ont cours au Cambodge ». Hang Serei Oudom est le onzième journaliste tué depuis 1994, cet assassinat est le septième à demeurer impunis à ce jour. Crédit: Phnom Penh Post
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Mise à jour le 20.01.2016